Un front de contestation inédit
En Albanie, le projet de complexe touristique porté par Jared Kushner, gendre de l'ancien président américain Donald Trump, et son épouse Ivanka Trump, suscite une opposition de plus en plus organisée. Les manifestants, qui ont investi la lagune de Vjosa-Narta depuis plusieurs semaines, ont trouvé un symbole inattendu : le flamant rose. Cet oiseau, dont la colonie niche dans la zone humide menacée par le chantier, est devenu l'emblème d'une contestation que certains médias appellent désormais la « révolution des flamants roses ». La population locale, des militants écologistes et des figures de la société civile se relaient sur place pour dénoncer un projet estimé à plusieurs centaines de millions d'euros, qui prévoit la construction d'un hôtel de luxe, de villas et d'un complexe touristique sur un littoral classé zone protégée par la convention de Ramsar.
Un projet contesté sur les plans juridique et environnemental
Les opposants affirment que le projet a été approuvé sans étude d'impact environnementale approfondie et sans consultation publique suffisante. Des organisations non gouvernementales ont saisi la justice administrative albanaise pour tenter de faire annuler les permis de construire. Le gouvernement de Tirana, dirigé par le Premier ministre Edi Rama, a défendu l'initiative en la présentant comme un moteur de développement économique pour une région touristique émergente. Plusieurs responsables gouvernementaux ont souligné que le complexe créerait des emplois et attirerait des investissements étrangers.
Des implications politiques et diplomatiques
La dimension politique du dossier a pris une nouvelle ampleur ces derniers jours. Jared Kushner, qui a joué un rôle clé dans la diplomatie américaine sous l'administration Trump, est accusé par certains médias et des élus européens de bénéficier d'un traitement de faveur en Albanie. L'Union européenne, par la voix de plusieurs de ses commissaires, a exprimé des réserves sur le respect des normes environnementales et de l'État de droit. Bruxelles a rappelé que l'Albanie, candidate à l'adhésion, doit se conformer à l'acquis communautaire en matière de protection de la biodiversité et de transparence des marchés publics.
Une mobilisation qui ne faiblit pas
Sur le terrain, la mobilisation se poursuit. Des centaines de personnes campent sur le site depuis plusieurs semaines, formant une barrière humaine devant les engins de chantier. Les rassemblements ont parfois donné lieu à des échanges tendus avec les forces de l'ordre, mais aucun incident grave n'a été signalé. Les manifestants, qui viennent de toute l'Albanie mais aussi d'autres pays des Balkans, dénoncent ce qu'ils considèrent comme un accaparement des terres par des intérêts étrangers. « Nous défendons notre patrimoine naturel, notre avenir et nos droits, a déclaré l'un des porte-parole du mouvement. Ce projet ne profitera qu'à une poignée de privilégiés. »
La position du gouvernement et de Jared Kushner
Le Premier ministre Edi Rama a réaffirmé son soutien au projet, estimant que l'Albanie a besoin d'investissements de ce type pour sortir de la pauvreté. Il a également critiqué les « ONG étrangères » qui, selon lui, tentent de dicter leur loi à un pays souverain. De son côté, Jared Kushner n'a pas commenté directement les manifestations, mais ses représentants légaux ont assuré que le projet respectait toutes les lois albanaises et internationales.
Un test pour la démocratie albanaise
Cette affaire pourrait devenir un test pour la jeune démocratie albanaise, entre tentation autoritaire et respect de l'État de droit, alors que le pays espère ouvrir des négociations d'adhésion à l'Union européenne d'ici la fin de l'année. Les prochaines semaines seront décisives : la justice doit se prononcer sur le sort des permis de construire, tandis que la pression populaire ne semble pas prête de s'éteindre.