La mobilisation contre le complexe touristique lié à Jared Kushner et Ivanka Trump prend une ampleur inédite en Albanie. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté mercredi dans la capitale, Tirana, devant les bureaux du Premier ministre Edi Rama, formant une foule qui s'étendait sur près d'un kilomètre le long du principal boulevard de la ville. Il s'agit du rassemblement le plus massif jamais organisé contre ce projet, selon les informations disponibles.
Les protestataires brandissaient des pancartes proclamant que « l'Albanie n'est pas à vendre » et scandaient des slogans appelant à une « Nouvelle Albanie ». Le mouvement a été baptisé « Révolution des Flamants roses », en référence à la zone humide protégée où le complexe doit être implanté, une lagune qui constitue une halte migratoire pour ces oiseaux et abrite également des phoques et des sites de nidification de tortues marines.
Un projet contesté sur plusieurs fronts
Évalué à environ 5 milliards d'euros (5,8 milliards de dollars), le projet immobilier de luxe suscite l'indignation en raison de son emplacement dans une zone écologiquement sensible. Des critiques ont également émergé sur le manque de transparence entourant les plans conçus par des investisseurs étrangers.
« C'est l'exemple typique de ce qui se passe en Albanie depuis trente-cinq ans », a déclaré un manifestant, Leand Lakrori, interrogé sur place. « Aujourd'hui, ça suffit. » Un autre participant, Fabio Bracaj, a exprimé sa lassitude face à la classe politique : « Je suis ici pour protester, pour en finir avec cette saga du gouvernement albanais. Ce sont toujours les deux mêmes partis. Nous voulons une nouvelle ère. Nous voulons un pays meilleur. »
Le Premier ministre campe sur sa position
Face à la grogne grandissante, Edi Rama a réaffirmé sa volonté de mener le projet à son terme. Il a cherché à minimiser les préoccupations écologiques, assurant qu'une étude d'impact environnemental serait réalisée et que les travaux seraient menés de manière responsable. « Nous sommes très fiers de ce que nous avons fait pour la faune en Albanie », a-t-il déclaré, ajoutant que la Commission européenne n'avait « aucune raison de douter de notre ferme volonté de protéger tout ce qui doit être protégé en matière de faune et de nature ».
Le chef du gouvernement, au pouvoir depuis 2013, fait face à des critiques croissantes sur son bilan, notamment pour ne pas avoir enrayé la corruption endémique ni amélioré des services publics de base comme la santé. Il oppose à ces accusations la création d'un parquet spécialisé qui a ouvert plusieurs enquêtes très médiatisées. Plus tôt dans l'année, des heurts avaient éclaté lors de manifestations réclamant la démission de sa vice-Première ministre, Belinda Balluku, pour des allégations de corruption. Rama a fini par la limoger, mais la défiance persiste.
L'Union européenne met la pression
Bruxelles a choisi d'intervenir dans ce dossier. L'Union européenne, qui a indiqué que l'Albanie et d'autres pays des Balkans pourraient être admis d'ici 2030, a prévenu que l'alignement sur le droit européen de l'environnement constituerait une condition à l'adhésion.
Un porte-parole de l'UE, Guillaume Mercier, a exhorté les autorités albanaises à agir sans délai, les appelant à « s'abstenir de toute action qui pourrait compromettre la réalisation de l'objectif de référence final ».
L'opposition est née sur le terrain
Le projet, imaginé par Jared Kushner et Ivanka Trump, trouve son origine dans un voyage en yacht en Albanie, au cours duquel le couple aurait « tombé amoureux » du pays. L'opposition s'est déclenchée le mois dernier lorsque les promoteurs ont érigé une clôture autour d'une partie du site de Zvernec, sur la côte sud. La barrière a été retirée après un tollé général. Rama a cependant répété que le projet se poursuivrait quoi qu'il arrive, quelles que soient les protestations.