Des travaux contestés dans une zone protégée
Sur la péninsule de Zvernec, à proximité de la lagune de Narta, des engins de chantier et des clôtures barbelées ont fait leur apparition ces derniers jours. Ce site, classé pour sa valeur écologique, accueille un projet touristique de grande envergure lié à Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump. Le promoteur envisage un investissement pouvant dépasser quatre milliards d’euros et la création de plus de dix mille emplois, ce que le Premier ministre albanais Edi Rama présente comme une opportunité stratégique pour hisser le pays dans le haut du pavé du tourisme mondial.
Un affrontement avec les manifestants
Le 30 mai, des activistes se sont rendus sur les lieux pour protester contre le début des travaux. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des agents de sécurité privés traînant un manifestant sur le sable, suscitant l’indignation. Dans les jours qui ont suivi, des milliers de personnes ont défilé à Tirana sous le slogan « L’Albanie n’est pas à vendre », exigeant l’arrêt du chantier. Le Premier ministre a qualifié le comportement des gardes de « dégoûtant », mais a maintenu son appui au projet, déclarant lors d’une allocution : « Nous devons entrer dans la Ligue des champions du tourisme mondial. »
Des préoccupations environnementales
La lagune de Narta et la zone de Pishe Poro, qui s’étendent sur plus de 18 000 hectares, constituent un couloir écologique majeur pour des centaines d’espèces, dont les flamants roses protégés, et servent de halte aux oiseaux migrateurs entre l’Europe et l’Afrique. Besjana Shehu, cofondatrice de la Société albanaise d’ornithologie, a mis en garde contre les risques pour « l’intégrité écologique » de cet espace naturel. Des organisations environnementales réclament la publication complète des documents relatifs au projet, dénonçant un manque de transparence dans la prise de décision.
La réaction de Bruxelles
Ces événements surviennent alors que l’Albanie venait de recevoir des signaux positifs de la part de Bruxelles concernant l’avancement de ses négociations d’adhésion à l’Union européenne. L’affaire a provoqué l’inquiétude des institutions européennes, qui suivent avec attention le respect des normes environnementales et de bonne gouvernance dans le cadre du processus d’élargissement. La contestation autour du complexe de Zvernec est ainsi devenue un symbole des tensions entre développement économique accéléré et protection de l’environnement, dans un pays candidat à l’UE.