Un rassemblement d'une ampleur inédite
Samedi 21 juin, une foule estimée à plusieurs dizaines de milliers de personnes a investi les rues de Tirana, convergeant devant le siège du gouvernement. Les manifestants, répondant à l'appel de l'opposition, scandaient des slogans hostiles au chef de l'exécutif, Edi Rama, et brandissaient des banderoles réclamant « une nouvelle Albanie ». Ce rassemblement constitue l'un des plus importants mouvements de contestation que le pays ait connus ces dernières années.
Un projet touristique au cœur de la colère
L'élément déclencheur de cette mobilisation massive est un plan de développement touristique sur l'île de Sazan, un site jusqu'alors préservé, ainsi que sur la lagune de Vjosa-Narta, sur la côte adriatique. Ce projet porté par Atlantica Hospitality, une société liée à l'ancien conseiller de la Maison Blanche Jared Kushner et à son épouse Ivanka Trump, prévoit la construction de complexes hôteliers de luxe. Les opposants dénoncent un « bradage » du patrimoine naturel du pays à des investisseurs étrangers, dans des conditions opaques et sans débat public suffisant.
Une contestation qui a changé d'échelle
Ce qui avait débuté, début juin, par des rassemblements locaux sur le site même des futurs travaux, a rapidement dépassé le cadre d'une simple opposition environnementale. En quelques semaines, le mécontentement s'est mué en une crise politique plus large. Les manifestants accusent Edi Rama de gouverner de manière autoritaire et de favoriser les intérêts privés au détriment de l'intérêt général. L'opposition parlementaire a appelé à la démission du Premier ministre, estimant que ce projet symbolise la corruption et le manque de transparence de son administration.
Des accusations de collusion
Le gouvernement albanais a défendu le projet en arguant des retombées économiques et touristiques attendues pour la région. Edi Rama a personnellement réaffirmé son soutien à l'initiative, affirmant qu'elle créerait des emplois et dynamiserait l'économie locale. Toutefois, des voix critiques, y compris au sein de l'Union européenne, ont mis en garde Tirana contre les risques de détournement de procédure et de fragilisation de l'État de droit. Bruxelles aurait exprimé des inquiétudes concernant les conditions d'octroi des permis et le respect des normes environnementales.
Une manifestation pacifique et déterminée
La mobilisation de samedi s'est déroulée dans le calme, bien que la tension soit palpable. Les organisateurs ont appelé à poursuivre le mouvement jusqu'à l'obtention du départ du Premier ministre. Des témoins rapportent que la foule, composée de citoyens de tous âges et de toutes régions, a bloqué les artères principales du centre-ville aux abords des bâtiments officiels. « Nous voulons une Albanie libre et juste, pas un terrain de jeu pour les riches étrangers », pouvait-on lire sur une pancarte au milieu du cortège.
Un test pour le pouvoir en place
Cette démonstration de force populaire intervient dans un climat de défiance croissante envers la classe politique traditionnelle. Edi Rama, au pouvoir depuis 2013, fait face à une opposition qui gagne en vigueur sur ce dossier. L'issue de cette crise dépendra probablement de la capacité du gouvernement à apaiser les inquiétudes et à répondre aux demandes de transparence, ou au contraire de la poursuite du mouvement de contestation. Les prochains jours devraient être décisifs pour l'avenir politique du pays.
Réactions internationales
L'ampleur de la contestation n'a pas manqué d'attirer l'attention au-delà des frontières albanaises. Plusieurs capitales européennes suivent de près l'évolution de la situation. La Commission européenne, par la voix de ses porte-parole, a réitéré son appel à ce que tout projet d'investissement respecte les procédures nationales et le droit de l'Union, rappelant que l'Albanie est candidate à l'adhésion. Aucune réaction officielle n'est encore parvenue de la part de l'administration américaine concernant le projet impliquant l'ancien conseiller présidentiel.