La classe politique colombienne reste profondément divisée à l’approche de la passation des pouvoirs. Le sénateur Iván Cepeda, figure de proue du progressisme et allié du président sortant Gustavo Petro, a annoncé qu’il ne reconnaîtrait le président élu Abelardo de la Espriella qu’à condition que celui-ci rompe tout lien avec Washington.

Cette déclaration intervient alors que le chef de l’État, Gustavo Petro, a officialisé son départ anticipé de ses fonctions avant la cérémonie de transmission du pouvoir avec son successeur issu de la droite radicale. La décision du président sortant vise à devancer l’échéance constitutionnelle, marquant une rupture dans le processus démocratique colombien.

Une exigence de souveraineté

Iván Cepeda a précisé que sa reconnaissance du nouveau pouvoir exécutif dépendrait d’un engagement clair de la part d’Abelardo de la Espriella à couper les relations privilégiées avec l’administration américaine dirigée par Donald Trump. Pour le sénateur, une telle rupture est indispensable pour préserver l’indépendance nationale et ne pas faire de la Colombie un « satellite » des États-Unis.

Cette position reflète les accusations répétées portées par Gustavo Petro contre le président américain, qu’il a qualifié à plusieurs reprises de soutien à des « narco-paramilitaires » en Colombie. Depuis plusieurs semaines, le chef de l’État sortant multiplie les mises en garde contre une ingérence étrangère dans les affaires colombiennes.

Un climat de défiance

La condition posée par Iván Cepeda s’inscrit dans un contexte de tensions extrêmes entre la gauche au pouvoir et l’opposition d’extrême droite. Abelardo de la Espriella, avocat d’affaires novice en politique, a été porté au pouvoir le 22 juin dernier grâce à un soutien affiché de Donald Trump. Son programme économique prévoit une expansion massive de l’exploitation des hydrocarbures, suscitant l’inquiétude des organisations écologistes.

Par ailleurs, le président élu a fixé un ultimatum d’un mois aux groupes armés présents sur le territoire pour qu’ils déposent les armes, une initiative perçue comme une inflexion sécuritaire majeure. Les opposants craignent que cette approche ne compromette les fragiles processus de paix en cours.

Un avenir institutionnel incertain

La condition émise par le sénateur Cepeda pourrait compliquer la transition politique. Si Abelardo de la Espriella refuse de se distancier de Washington, une partie de la gauche pourrait contester sa légitimité, voire boycotter la cérémonie d’investiture. Le départ anticipé de Gustavo Petro ajoute une couche d’incertitude, les modalités exactes de la passation n’étant pas encore totalement clarifiées.

Les observateurs s’interrogent sur la capacité du nouveau chef de l’État à rassembler un pays fracturé. Sa promesse de « ruée vers le pétrole » et son alignement sur les positions trumpistes heurtent une partie de la population colombienne attachée à la souveraineté nationale et à la protection de l’environnement.

Le sénateur Iván Cepeda, en posant cette condition, cherche à maintenir une pression politique maximale sur le futur gouvernement. Il attend désormais une réponse claire de la part d’Abelardo de la Espriella avant de se prononcer définitivement sur la reconnaissance de son mandat.