Au terme d'une nuit de débats houleux, l'Assemblée nationale a adopté dans la nuit du lundi 20 au mardi 21 juillet 2026 le projet de loi d'urgence agricole. Le texte, profondément remanié, intègre notamment une disposition très controversée autorisant, sous certaines conditions, l'utilisation de l'acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, pourtant interdit en Europe en raison de sa dangerosité pour les abeilles.
Un vote serré malgré une majorité apparente
Le scrutin final a enregistré 296 voix pour et 224 contre. Selon les informations disponibles, la majorité des suffrages favorables proviennent des bancs de la droite et de l'extrême droite, tandis que l'opposition de gauche et les écologistes ont massivement voté contre. L'adoption de ce texte était loin d'être acquise : l'exécutif redoutait que la mesure sur les néonicotinoïdes, introduite par le Sénat, ne fasse capoter l'ensemble du projet. Le compromis trouvé en commission mixte paritaire a finalement permis de maintenir cette dérogation, jugée indispensable par certaines filières agricoles en difficulté, notamment celles de la betterave et du colza.
Un cadre d'utilisation restrictif mais contesté
La version finale de la loi prévoit que l'acétamipride pourra être utilisé à titre dérogatoire et temporaire, dans un cadre strictement encadré. Les opposants au texte dénoncent un « retour en arrière » et une « trahison » des engagements environnementaux de la France. Plusieurs ONG de défense de l'environnement ont déjà annoncé leur intention de saisir le Conseil d'État pour faire annuler cette disposition. Pour les défenseurs du texte, en revanche, il s'agit d'une mesure de « survie » pour des secteurs agricoles fragilisés par les aléas climatiques et les pressions parasitaires.
Un parcours parlementaire chaotique
L'examen du projet de loi a été marqué par de vives tensions au sein de l'hémicycle. La motion de rejet déposée par La France insoumise (LFI) avait été rejetée en amont du vote final. La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, avait alors plaidé pour un « encadrement strict » de l'utilisation de l'acétamipride et assuré que le gouvernement irait « jusqu'au bout » de la procédure. Ces déclarations n'ont pas suffi à apaiser les inquiétudes des parlementaires écologistes et de certains députés de la majorité, qui dénoncent une « politique du pire ».
Réactions et perspectives
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Les associations de protection de l'environnement dénoncent un « recul historique » pour la biodiversité. De leur côté, les syndicats agricoles majoritaires se félicitent d'une loi qui, selon eux, répond à l'urgence de la situation. Le texte doit désormais être promulgué après un éventuel recours devant le Conseil constitutionnel. L'avenir de l'acétamipride en France reste donc incertain, malgré son inscription dans la loi.