Un patron français défend sa solution face aux géants américains
Olivier de la Clergerie, PDG de ChapsVision, est monté au créneau pour défendre la qualité et la souveraineté de son logiciel, après que sa société a été choisie par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) pour remplacer l’américain Palantir. Dans un entretien, il a déclaré que « la souveraineté, ça ne peut pas être des produits médiocres », tout en rappelant que son entreprise réalise déjà 20 % de ses ventes outre-Atlantique.
« Il remplace le géant de la surveillance Palantir », paraphrase-t-il en évoquant le basculement opéré par les services de renseignement français. Le patron de ChapsVision affirme que cette part de marché américaine est une preuve de la compétitivité de son offre, et non un paradoxe dans un discours centré sur l’indépendance technologique.
Une procédure contestée par Palantir
Le contrat, officialisé mi-juin, suscite une controverse. Palantir, qui fournissait jusqu’alors la DGSI en logiciels d’analyse de données, a dénoncé un « processus irrégulier » et évoqué des « divergences » avec les autorités françaises. L’entreprise américaine conteste la manière dont l’appel d’offres a été mené, sans pour autant fournir de détails publics sur les irrégularités qu’elle allègue.
De son côté, le gouvernement a réagi rapidement, affirmant que la procédure s’est déroulée dans le respect des règles. Interrogé, le ministère de l’Intérieur n’a pas commenté les accusations de Palantir, mais a souligné que le choix s’inscrit dans une logique de souveraineté numérique.
Un enjeu de souveraineté et de performance
Olivier de la Clergerie insiste sur le fait que la substitution de Palantir par ChapsVision n’est pas seulement une question de nationalité, mais aussi de performance technique. « Si vous voulez être souverain, vos produits doivent être meilleurs que ceux que vous remplacez », a-t-il expliqué, répondant indirectement aux doutes sur la capacité d’une PME française à rivaliser avec un mastodonte américain.
ChapsVision, fondée en 2015, s’est spécialisée dans l’analyse de données massives (big data) et le renseignement d’origine source ouverte (ROSO). La société revendique plusieurs contrats avec des ministères français et des forces de l’ordre européennes. Mais le marché américain, où elle réalise un cinquième de son chiffre d’affaires, témoigne de son ambition internationale.
Des questions sur la transparence de l’appel d’offres
La controverse ne se limite pas aux déclarations de Palantir. Plusieurs observateurs s’interrogent sur la rapidité avec laquelle la DGSI a changé de prestataire, ainsi que sur les critères précis qui ont conduit à l’éviction de l’américain. Aucun document officiel détaillant le processus n’a été rendu public à ce stade.
Le PDG de ChapsVision a tenu à rassurer sur la fiabilité de son logiciel, affirmant qu’il a été testé par les services de renseignement français avant d’être retenu. Il a également précisé que son entreprise respecte les plus hauts standards de sécurité et de protection des données.
Un marché en pleine recomposition
Cette affaire intervient dans un contexte où les autorités françaises, comme d’autres en Europe, cherchent à réduire leur dépendance aux technologies américaines, notamment dans le domaine sensible du renseignement. Le remplacement de Palantir par ChapsVision illustre cette volonté, mais il soulève aussi des interrogations sur la capacité des acteurs européens à fournir des solutions à la hauteur.
Olivier de la Clergerie voit dans ce contrat une vitrine pour sa société. « Nous allons montrer que le fait français peut rivaliser avec les meilleurs », a-t-il conclu, tout en reconnaissant que la pression est forte pour prouver la supériorité de son outil.