Le bassin du Lincoln Memorial, joyau du National Mall à Washington, fait face à un retour précoce des algues, quelques jours après l'achèvement d'un ambitieux projet de rénovation de 14,2 millions de dollars commandé par l'administration Trump. Des nappes verdâtres sont réapparues à la surface de l'eau à la faveur de journées chaudes et humides, contredisant les promesses d'une eau d'un bleu immaculé.

Le chef de l'État avait ordonné que le fond du bassin soit recouvert d'un matériau d'étanchéité de couleur « bleu drapeau américain », afin de rendre le site « magnifique » après des années jugées « sales ». Les travaux, confiés sans appel d'offres à deux entreprises sélectionnées directement par l'administration, visaient à résoudre deux problèmes récurrents : les fuites et les proliférations d'algues, avant les festivités du 250e anniversaire des États-Unis.

Un système de nanobulles déjà en place

Selon une porte-parole du département de l'Intérieur, Katie Martin, le projet comprenait l'installation d'un système de traitement avancé par nanobulles, destiné à oxygéner l'eau et à inhiber la croissance des algues. « Grâce au déploiement de la technologie avancée des nanobulles, les algues sont mortes et sont en train d'être aspirées », a-t-elle déclaré par courriel, ajoutant que l'opération permettrait de « réparer le bassin pour de bon ».

La semaine précédente, la même responsable avait attribué la coloration verte à des « résidus » provenant des canalisations d'alimentation restées inactives pendant les rénovations.

Des touristes partagés

Dimanche et lundi, des employés du National Park Service, appuyés par des agents d'une société de traitement des eaux basée dans le Maryland (Pearl Purity Water Solutions, sous contrat depuis 2021), ont été aperçus en train d'écumer manuellement les amas d'algues. Les entreprises mandatées pour les travaux, Atlantic Industrial Coatings (Virginie) et Greenwater Services (Ohio), n'ont pas répondu aux sollicitations.

Sur place, les réactions des visiteurs étaient contrastées. Bonnie Garvin, enseignante de Monticello (Géorgie), s'est dite indifférente à la couleur de l'eau : « Nous ne nous y baignons pas, ce n'est pas vraiment un problème. » À l'inverse, Jessica Lea, thérapeute de Portland (Oregon), déçue par sa première visite, a qualifié le bassin de « plutôt marécageux », estimant qu'il « pourrait être plus propre » et regrettant de « ne voir aucun reflet ».

Les dessous d'un chantier accéléré

Le recours à des contrats sans mise en concurrence, justifié par l'urgence liée au 250e anniversaire du pays, avait suscité des interrogations. Le premier de ces contrats avait été attribué à Atlantic Industrial Coatings pour sceller les joints des dalles de béton et appliquer le revêtement bleu foncé. Le second, à Greenwater Services, portait sur l'installation du système de purification amélioré. La société Atlantic Industrial Coatings avait achevé sa mission le 4 juin, et le bassin avait été rempli peu après.

Ce retour des algues relance le débat sur l'efficacité à long terme des solutions techniques employées et sur la méthode de passation des marchés publics. Plusieurs experts en écologie aquatique soulignent que les proliférations d'algues sont favorisées par les températures élevées et les nutriments présents dans l'eau, des facteurs qu'un simple revêtement de fond ou des nanobulles ne suffisent pas toujours à contrer durablement.