Le bassin situé devant le Lincoln Memorial, à Washington, est devenu le théâtre d’une controverse inattendue. Quelques jours seulement après l’achèvement d’une rénovation majeure présentée comme durable pour un siècle, l’eau a pris une teinte verdâtre, signe d’une prolifération d’algues. L’administration Trump, qui avait fait de ce chantier une vitrine de son action en faveur des monuments nationaux, se retrouve au centre de critiques sur la gestion du projet.
Un investissement colossal pour un résultat éphémère
Les travaux, lancés sous l’impulsion du président Donald Trump, visaient à restaurer le célèbre miroir d’eau long de près de 600 mètres, un élément emblématique du National Mall. Le coût de l’opération, estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars, devait garantir une étanchéité et un système de filtration dernier cri. Or, dès la mi-juin, des visiteurs et des photographes ont constaté que la surface du bassin, loin de refléter l’image du mémorial, se parait d’une couche d’algues.
Les autorités en charge de l’entretien du site, le National Park Service, ont confirmé la présence d’une floraison algale. Selon leurs premières explications, celle-ci résulterait d’une combinaison de températures élevées, d’un apport excessif en nutriments et d’un dysfonctionnement temporaire du système de filtration. Toutefois, ces justifications n’ont pas apaisé les critiques, qui pointent un défaut de conception ou de mise en œuvre.
Une polémique politique immédiate
La dégradation rapide de la qualité de l’eau a rapidement pris une tournure politique. Des élus démocrates ont dénoncé un « gaspillage d’argent public » et mis en doute la compétence de l’administration Trump dans la gestion des infrastructures fédérales. Le sénateur Chris Murphy (Connecticut) a ironisé sur les réseaux sociaux : « Ils promettent un bassin pour cent ans, mais il tourne à l’algue en deux semaines. C’est un symbole de l’incompétence de cette administration. »
De son côté, la Maison-Blanche a réagi en minimisant l’incident. Un porte-parole a qualifié la situation de « problème temporaire » et assuré que des équipes techniques travaillaient à rétablir la clarté de l’eau. « Le président Trump a investi dans la restauration de ce monument historique, et nous sommes confiants que le système fonctionnera correctement après les ajustements nécessaires », a-t-il déclaré.
Les défis techniques d’un bassin emblématique
Le bassin du Lincoln Memorial, construit dans les années 1920, a toujours été sujet à des problèmes d’entretien. Sa conception originale, avec une eau peu profonde et une exposition directe au soleil, favorise la croissance des algues. La rénovation récente, qui comprenait l’installation de pompes et de filtres modernes, visait justement à résoudre ce problème. Pourtant, des experts en hydrologie cités dans la presse estiment que le système pourrait avoir été mal calibré ou qu’un afflux soudain de nutriments — dû à des résidus de construction ou à une pollution atmosphérique — a déclenché la prolifération.
Le National Park Service a annoncé un plan d’urgence comprenant un traitement chimique et une vidange partielle du bassin. L’opération pourrait prendre plusieurs jours, voire semaines, avant que l’eau ne retrouve son aspect d’origine.
Un précédent qui alimente le débat
Cet incident n’est pas isolé. En 2019, le bassin avait déjà connu une coloration verte, attribuée à une canicule estivale. Mais la différence de taille est le contexte politique : cette rénovation avait été présentée comme un « projet signature » de l’administration Trump, censé incarner son engagement envers le patrimoine national. La rapidité de la détérioration alimente les accusations de précipitation ou de favoritisme dans l’attribution des marchés.
Des associations de défense des contribuables ont également réclamé un audit du chantier, estimant que les contribuables américains méritent de savoir comment 30 millions de dollars ont été dépensés pour un résultat aussi fragile. Le ministère de l’Intérieur, qui supervise le National Park Service, n’a pas encore communiqué de calendrier pour une enquête.
Un symbole devenu embarrassant
Au-delà de l’aspect technique, cette affaire revêt une dimension symbolique forte. Le Lincoln Memorial est l’un des monuments les plus visités des États-Unis, lieu de mémoire de l’abolition de l’esclavage et de la lutte pour les droits civiques. Le voir entouré d’une eau verte donne lieu à des moqueries sur les réseaux sociaux, où des internautes comparent le bassin à une « mare aux canards » ou à un « jardin aquatique négligé ».
L’administration espère que les mesures correctives suffiront à faire oublier ce faux pas. Mais pour ses opposants, l’image restera : celle d’une promesse grandiose, livrée en piteux état. Reste à savoir si le « bleu drapeau américain » promis par les autorités pourra être rétabli avant la saison touristique estivale, alors que des milliers de visiteurs affluent chaque jour vers le mémorial.