La vaste opération de rénovation du bassin du Lincoln Memorial, censée redonner à l’eau une teinte « bleu drapeau américain », se heurte à des complications inattendues. Selon des tests de laboratoire commandés par un média, le traitement appliqué par les équipes du National Park Service (NPS) a éliminé une première forme d’algue, mais a simultanément créé les conditions propices à l’épanouissement d’une nouvelle souche, baptisée Scenedesmus. Cette algue verte, connue des chercheurs sous le surnom de « Skinny Dead Mouse » (« souris morte maigrichonne »), est désignée comme le nouveau responsable de la coloration trouble du plan d’eau.

Des tests extérieurs contournent le silence officiel

Face à l’absence de communication des autorités fédérales sur la composition exacte de l’eau et sur les risques éventuels pour la santé, un journaliste a prélevé plusieurs échantillons d’eau à différents endroits du bassin, jeudi en milieu de matinée. Les prélèvements, dont certains étaient « relativement clairs » tandis que d’autres présentaient une couleur « vert foncé », ont été confiés le soir même à deux scientifiques indépendants. L’un d’eux, Hans W. Paerl, professeur de sciences marines et environnementales à l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, a indiqué avoir perçu en ouvrant l’un des flacons des « odeurs terreuses » caractéristiques des efflorescences cyanobactériennes. Sous le microscope, les résidus de la prolifération initiale étaient toutefois « trop dégradés pour être identifiés », a-t-il précisé.

Un combat contre la nature devenu expérience grandeur nature

Le bassin, situé sur le National Mall, est devenu un véritable laboratoire à ciel ouvert. Les équipes du NPS, aperçues en train de patauger dans l’eau pour tenter de nettoyer la surface, appliquent des traitements par sections. Là où l’intervention réussit à réduire la concentration d’algues, l’eau prend des teintes vert pâle ; ailleurs, elle ressemble à une « boue huileuse ». L’aspect général, selon le journaliste ayant procédé aux prélèvements, « ne ressemble en rien au bleu drapeau américain » initialement escompté. Des canetons ont été observés nageant dans le bassin, tandis que de jeunes enfants se penchaient pour toucher l’eau. Interrogé sur la sécurité du site, un porte-parole du département de l’Intérieur s’est borné à affirmer que des « tests de l’eau étaient en cours », sans en divulguer les résultats. Les demandes adressées aux porte-parole du NPS sont restées sans réponse. Plusieurs scientifiques ayant sollicité des autorisations pour prélever eux-mêmes des échantillons n’ont toujours pas obtenu de permis.

Un manque de transparence qui interroge

La prolifération d’algues, qui a d’abord été identifiée comme une cyanobactérie potentiellement productrice de neurotoxines nocives pour l’homme et les animaux, a rapidement suscité une controverse. Depuis plusieurs jours, l’administration peine à maîtriser ce phénomène, et les révélations sur l’émergence d’une seconde variété d’algue, Scenedesmus, compliquent encore la tâche des équipes chargées du nettoyage. Ce rebondissement, rendu public par le biais d’analyses indépendantes, soulève des questions sur l’efficacité des méthodes de traitement employées et sur le niveau d’information communiqué au public.

Le symbolique bassin du Lincoln Memorial au cœur d’une polémique

Alors que la rénovation du bassin, achevée récemment, devait incarner un symbole de fierté nationale, la situation actuelle entache l’image du site. La découverte de cette nouvelle souche, combinée au manque de transparence des autorités, alimente les critiques. La population, qui fréquente le National Mall en nombre, demeure pour l’heure sans réponse claire sur les risques réels liés à la qualité de l’eau et sur les mesures concrètes engagées pour restaurer l’aspect original du lieu.