La polémique autour de l’état du Lincoln Memorial Reflecting Pool, à Washington, prend un nouveau tournant. Alors que Donald Trump accuse des vandales d’avoir dégradé délibérément le plan d’eau récemment rénové, des documents internes obtenus par plusieurs sources indiquent que les dégradations observées pourraient avoir des causes essentiellement techniques, sans lien direct avec des actes malveillants.

Le bassin, dont la rénovation avait coûté 16,4 millions de dollars, a été vidé, refait et rempli à nouveau le 5 juin. Quatre jours plus tard, des employés du National Park Service ont constaté des trous, des fissures et un décollement du jointoiement dans certaines parties de l’ouvrage, ainsi que des entailles dans des sections de mousse situées entre les joints de dilatation. Selon les documents, ces entailles – deux coupures d’environ 171 pieds de long – n’ont toutefois pas été directement liées au revêtement « bleu drapeau américain » qui pèle aujourd’hui, ni aux proliférations d’algues qui ont coloré l’eau en vert vif.

Des allégations de sabotage non étayées

Le 15 juin, Donald Trump avait encore qualifié la rénovation de succès. Mais le lendemain, des employés ont constaté que des morceaux du joint bleu couvrant le fond du bassin se détachaient et flottaient à la surface. Par ailleurs, plusieurs dispositifs destinés à tuer les algues ne fonctionnaient pas correctement, selon les documents. D’immenses blooms algaux avaient déjà rendu certaines zones du bassin totalement vertes.

Le président a affirmé samedi que six personnes avaient été arrêtées et sept autres verbalisées pour avoir lacéré le revêtement avec « un couteau ou des lames de rasoir ». Il a également suggéré, sans fournir de preuve, que du fertilisant aurait été versé dans l’eau pour nourrir les algues. Pourtant, ni le ministère de l’Intérieur ni la Maison-Blanche n’ont communiqué les documents d’inculpation, les contraventions ou les noms des personnes interpellées.

Des antécédents de fuites et d’algues

Le Lincoln Memorial Reflecting Pool est au cœur des efforts de Donald Trump pour embellir la capitale à l’occasion du 250e anniversaire de la nation. Mais le bassin souffre depuis des décennies de fuites et de proliférations d’algues, problèmes que la rénovation était censée résoudre. Les documents internes montrent que les travailleurs tentaient déjà de remédier à une détérioration progressive avant même que la thèse du sabotage ne soit avancée.

Les réparations pourraient ne pas être achevées avant le 4 juillet, un revers pour le chef de l’État qui souhaitait que les travaux soient terminés pour cette date. Donald Trump a reconnu samedi que le bassin devrait être au moins partiellement vidé pour permettre de nouvelles interventions.

Une version officielle mise en doute

Les éléments contenus dans les documents internes jettent un doute sérieux sur la version officielle d’un sabotage prémédité. Aucune preuve n’a été rendue publique pour confirmer que les entailles dans la mousse aient été faites à l’aide d’une lame, ni qu’elles aient un lien avec le décollement du revêtement ou la prolifération des algues. Les autorités n’ont pas non plus expliqué comment des actes commis « dans l’obscurité de la nuit » auraient pu provoquer des dommages aussi étendus sans être détectés.

Cette affaire met en lumière les tensions entre la communication présidentielle et la réalité sur le terrain, alors que les équipes techniques s’efforcent de rattraper les défaillances d’un projet ambitieux mais mal maîtrisé.