L'Iran a de nouveau actionné l'un des rouages de son réseau régional pour peser dans le conflit qui l'oppose aux États-Unis et à Israël. La milice houthie, qui contrôle de larges portions du Yémen, a lancé un missile en direction du territoire israélien dans les dernières heures. L'engin a été intercepté, mais les insurgés ont simultanément annoncé un blocus total de la navigation israélienne en mer Rouge. Cette annonce vise à fermer de fait le détroit de Bab el-Mandeb aux bâtiments liés à Israël.
Ce nouveau front intervient alors que les échanges de tirs directs entre Téhéran et Tel-Aviv ont repris depuis plusieurs jours, malgré les appels de Washington à la retenue. Selon des analystes, la décision de Téhéran de déployer les Houthis répond aux frappes israéliennes menées contre le Hezbollah au Liban. En réactivant ce qu'il nomme « l'axe de la résistance », l'Iran envoie un message clair : si les États-Unis ne parviennent pas à contenir les opérations israéliennes au Liban, Téhéran lâchera la bride aux Houthis en mer Rouge.
« L'Iran fait intervenir les Houthis parce que les Israéliens ont frappé le Hezbollah au Liban », explique Adel Bakawan, directeur du Centre français de recherche sur l'Irak. « Téhéran a décidé de réactiver l'axe de la résistance – Hezbollah, Houthis, milices chiites irakiennes – contre Israël, mais ils ne viseront pas les pays du Golfe », ajoute-t-il. Les rebelles yéménites, qui sont majoritairement zaydites (une branche du chiisme), entretiennent avec l'Iran des liens davantage militaires que religieux. Ils ont été dotés au fil des ans de drones et de missiles par Téhéran, notamment utilisés pour déstabiliser l'Arabie saoudite.
Pour Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques (FMES), cette manœuvre vise également à faire pression sur les monarchies du Golfe, dépendantes de la route maritime de la mer Rouge pour exporter leur pétrole. « Si les États-Unis ne sont pas capables de retenir les Israéliens au Liban, Téhéran lâchera la bride aux Houthis en mer Rouge », résume-t-il. La menace est prise au sérieux : une partie du brut saoudien a déjà été reroutée via l'oléoduc Est-Ouest vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge, depuis le blocus du détroit d'Ormuz.
Les Houthis avaient déjà lancé des missiles sur Israël en mars, mais sans poursuivre l'offensive. Cette fois, ils déclarent un blocus « total » contre la navigation israélienne, ce qui pourrait s'étendre à tout navire présentant un lien financier ou opérationnel avec des intérêts israéliens. L'agence maritime Vangard Tech a recommandé une « vigilance accrue et un screening des affiliations ». La navigation commerciale dans la zone est protégée depuis 2024 par la mission européenne Aspides, montée en réponse aux premières attaques houthies durant la guerre de Gaza. Mais, comme le note Adel Bakawan, « frapper les Houthis, c'est un peu frapper l'Iran », ce qui rend la mission plus risquée.
Du côté américain, Donald Trump insiste sur sa volonté de parvenir à un cessez-le-feu global. Son administration tente de convaincre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de ne pas étendre le conflit. Mais ce dernier, selon les analystes, cherche à accélérer les opérations contre le Hezbollah pour des raisons de politique intérieure et pour pousser l'Iran à surréagir. Netanyahu a prévenu qu'Israël riposterait « avec force » à toute nouvelle attaque iranienne, tandis que ses forces affirment avoir détruit des défenses aériennes iraniennes et un complexe pétrochimique.
Alors qu'un cessez-le-feu avait été conclu le 8 avril entre Américains et Iraniens, les nouveaux tirs de missiles et le blocus houthie remettent en cause la trêve. « Cela n'a plus aucun sens de parler de trêve, nous sommes à nouveau dans une zone de turbulence majeure », observe Adel Bakawan. Pierre Razoux tempère : « Les aller-retours entre Israël et l'Iran ont été très limités ; les Iraniens veulent surtout montrer aux Israéliens qu'ils sont toujours dans le match. » Toutefois, la fermeture du détroit de Bab el-Mandeb constituerait, selon les experts, une « catastrophe mondiale » pour le commerce pétrolier et maritime. La pression s'accroît donc sur Washington pour qu'il freine le bellicisme israélien avant que la région ne bascule dans un conflit généralisé.