L'Iran a officiellement réitéré vendredi sa prétention à exercer une autorité centrale sur la gestion du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, un jour après que ses forces ont frappé un porte-conteneurs dans cette voie navigable stratégique, provoquant une interruption momentanée des transits.

L'incident, qui a visé le navire « Ever Lovely » alors qu'il empruntait une route longeant la côte omanaise, a mis en lumière une ambigüité centrale de l'accord de paix préliminaire conclu entre Washington et Téhéran. Si le président Donald Trump a proclamé que le détroit demeurait libre pour une navigation sans restriction, le texte de l'accord ne précise pas clairement à quelle entité revient la compétence de réguler le passage.

Dans un communiqué diffusé par les médias d'État, la diplomatie iranienne a soutenu que le détroit se situe dans les eaux territoriales de l'Iran et d'Oman, et a invoqué une clause de l'accord américano-iranien qui charge Téhéran d'organiser un transit sécurisé pour les navires commerciaux. « Le passage en toute sécurité par le détroit d'Ormuz n'est pas garanti par des arrangements vagues, des systèmes de routage parallèles ou des processus de prise de décision qui excluent l'Iran en tant qu'État côtier », a écrit sur les réseaux sociaux le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi.

L'attaque de jeudi est survenue quelques heures après que Téhéran a averti que la seule route praticable à travers ce passage vital pour le pétrole et le gaz naturel passait par ses eaux. De nombreux navires, à l'instar de l'« Ever Lovely », utilisaient jusque-là un itinéraire situé du côté sud du détroit, longeant le littoral omanais.

Réactions américaines et internationales

La Maison-Blanche ne s'est pas exprimée sur cette frappe. Celle-ci est intervenue peu après le départ du golfe Persique du secrétaire d'État américain Marco Rubio, qui y avait rencontré les ministres des Affaires étrangères des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Dans une déclaration conjointe publiée à l'issue de cette réunion, les États-Unis et les États membres du CCG ont appelé à une navigation « libre, inconditionnelle et sans restriction » à travers le détroit, rejetant tout péage, toute taxe ou toute tentative d'un pays d'exercer un contrôle sur cette voie maritime.

L'attaque a par ailleurs conduit l'Organisation maritime internationale (OMI), une agence des Nations unies, à suspendre une opération visant à aider des centaines de navires bloqués à quitter le golfe Persique. Selon les données de la société d'information maritime Lloyd's List Intelligence, au moins deux pétroliers ont fait demi-tour après l'avertissement iranien. De son côté, la firme Kpler a enregistré une baisse du nombre de navires traversant le détroit, passé de 73 mercredi à 54 jeudi.

Impact limité sur les marchés pétroliers

Les marchés pétroliers ont dans l'ensemble peu réagi à cette escalade. Les cours ont certes grimpé après la frappe de jeudi, mais ils ont reculé vendredi, le mouvement continu des pétroliers semblant apaiser les craintes de perturbations de l'approvisionnement. Le brut Brent, référence internationale, est ainsi redescendu aux alentours de 73 dollars le baril, tandis que le West Texas Intermediate, référence américaine, s'établissait entre 69 et 70 dollars.