Le Hezbollah rejette l'accord de cessez-le-feu

La formation armée libanaise Hezbollah a opposé un refus catégorique aux termes du cessez-le-feu récemment conclu entre Israël et le Liban sous l'égide de Washington. Dans un communiqué virulent, le secrétaire général du mouvement, Naïm Qassem, a jugé les négociations « futiles » et « humiliantes » pour le Liban, affirmant que l'accord est rejeté par « de larges segments du peuple libanais ». Cet accord, annoncé mercredi par le département d'État américain, prévoit la mise en place de « zones pilotes » de sécurité dans le sud du Liban, d'où les combattants du Hezbollah doivent être exclus. Le chef du Hezbollah a interprété cet arrangement comme une reddition qui servirait les objectifs d'Israël.

Les opérations israéliennes se poursuivent

Parallèlement à ce rejet, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a indiqué que l'armée israélienne poursuivrait « pour le moment » ses tirs et ses opérations au sol au Liban afin de « démanteler les infrastructures terroristes dans la zone ». Cette déclaration intervient alors que l'accord de cessez-le-feu, conditionné à un arrêt complet des tirs du Hezbollah, a été officialisé. Des frappes israéliennes ont été signalées jeudi dans plusieurs zones du sud du Liban. L'agence de presse nationale libanaise a fait état de cinq morts dans une frappe aérienne sur la localité de Sohmor, dans la vallée de la Bekaa, et d'un autre décès lors d'une attaque contre un motocycliste près de Tyr.

Un casque bleu tué et des questions en suspens

La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a annoncé qu'un de ses casques bleus avait succombé à ses blessures après avoir été touché par des tirs de mortier près de Marjayoun, en fin de soirée mercredi. Le ministère serbe de la Défense a identifié la victime comme étant le sergent-chef Milovan Jovanovic, l'un des quelque 170 soldats serbes déployés au sein de la force de 7 500 hommes. L'armée israélienne a imputé ce tir de mortier au Hezbollah, qui n'a pas commenté l'incident.

Un accord aux contours flous et des tensions immédiates

L'accord de cessez-feu, qualifié par certains de « dernière chance », prévoit l'évacuation de tous les combattants du Hezbollah de la zone située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, soit environ 30 kilomètres au nord. Il inclut également la création de « zones pilotes » dans lesquelles l'armée libanaise exercerait un contrôle exclusif du territoire, à l'exclusion de toute force non étatique. Cependant, aucun document cartographique ni détail pratique sur le fonctionnement de ces zones n'a été fourni. Les représentants des deux pays doivent se retrouver le 22 juin pour de nouvelles discussions en vue d'un accord global.

Une opinion publique libanaise partagée

Dans les rues de la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, les réactions étaient également hostiles à l'accord. Un commerçant du quartier de Dahieh, Sami, a exprimé son scepticisme : « On ne peut pas avoir un cessez-le-feu d'un seul côté, c'est soit tous les côtés, soit pas de cessez-le-feu du tout. » Pour lui, il s'agit d'« un accord de reddition, pas un accord de paix ». Un autre commerçant, Hadi, a déclaré ne voir aucun espoir, ajoutant que sa génération et celles de son père et de son grand-père n'avaient jamais vu « rien d'espoir venant de ces gens, pas forcément le peuple israélien, mais plutôt le gouvernement israélien ». Le président libanais Joseph Aoun a pour sa part affirmé que le cessez-le-feu pourrait être mis en œuvre « dans les 24 heures suivant son approbation finale » par toutes les parties concernées.

Un conflit aux lourdes conséquences humaines

Le Liban a été entraîné dans le conflit régional le 2 mars, lorsque le Hezbollah a lancé des roquettes sur Israël en riposte à une frappe israélienne ayant tué le guide suprême iranien. Depuis le début de la guerre, au moins 3 526 personnes ont été tuées au Liban, selon le ministère libanais de la Santé. Les Nations unies indiquent que plus d'un million de personnes se sont déclarées déplacées dans le pays. Côté israélien, 26 soldats et quatre civils ont péri des deux côtés de la frontière. L'accord de cessez-le-feu du 16 avril n'ayant pas mis fin aux combats, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou avait ordonné une intensification des frappes et une avancée terrestre en profondeur.