Un nouveau cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, annoncé ce vendredi par une source officielle américaine, est immédiatement mis à l’épreuve par une escalade militaire. Selon le ministère libanais de la Santé, les bombardements israéliens menés dans la nuit de jeudi à vendredi ont tué au moins 47 personnes, dont des femmes et des enfants, et blessé 97 autres. Les frappes, décrites par l’agence de presse officielle libanaise comme parmi les plus intenses du conflit, ont visé plusieurs localités du district de Nabatieh : neuf morts à Harouf, sept à Haboush, et six à al-Duweir, dont un enfant.

L’accord prévoit une cessation des hostilités, mais sur le terrain, la réalité semble tout autre. Un porte-parole militaire israélien, Effie Defrin, a indiqué que l’armée continuerait à « éliminer les menaces immédiates » et à réagir à toute violation du Hezbollah, tout en assurant vouloir protéger les civils israéliens. De son côté, le Hezbollah a revendiqué une embuscade contre une unité israélienne dans le sud du Liban, affirmant avoir détruit trois chars à l’aide de missiles guidés et visé les troupes avec des roquettes et de l’artillerie. Quatre soldats israéliens, dont un commandant de bataillon, ont été tués dans ces combats.

Accusations croisées entre Téhéran et Washington

Cette flambée de violences intervient dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu plus large entre les États-Unis et l’Iran, qui prévoyait également une trêve au Liban. Téhéran accuse désormais le président américain Donald Trump de ne pas avoir contenu Israël. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a dénoncé une volonté israélienne de « guerre permanente » et averti que toute violation des engagements du mémorandum d’entente serait « imputée aux États-Unis ».

De son côté, Donald Trump a formulé des accusations sans précédent contre son allié israélien, le Premier ministre Benyamin Netanyahou, suggérant que ce dernier tuait des civils « sans raison » dans sa lutte contre le Hezbollah. Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a réagi aux pertes israéliennes en appelant à faire « brûler le Liban », ajoutant que « pour chaque larme versée par une mère israélienne, mille mères libanaises doivent pleurer ». Ces propos ont suscité une vive indignation.

Scepticisme des déplacés libanais

La population libanaise, durement éprouvée par des mois de conflit, accueille l’annonce de la trêve avec une grande méfiance. Un habitant déplacé a confié que, si l’accord était bon en principe, les Israéliens ne le respectaient pas, ajoutant que les engagements pris par le passé n’avaient pas été tenus. Le Hezbollah lui-même n’a pas officiellement confirmé le cessez-le-feu, son secrétaire général, cheikh Naïm Qassem, affirmant vendredi que « le projet d’éliminer le Hezbollah a échoué » et que les Israéliens se retireraient « de chaque pouce de notre terre ».

Depuis le début de la guerre, plus de 3 900 personnes ont été tuées au Liban, selon le ministère de la Santé, et environ 11 600 blessées. Près d’un million de personnes sont déplacées, tandis que des dizaines de localités du sud ont été entièrement détruites. L’armée israélienne occupe environ 5 % du territoire libanais dans le sud, avec l’objectif déclaré de repousser les combattants du Hezbollah loin de sa frontière nord.

Un fragile équilibre à préserver

L’accord de cessez-le-feu repose sur la capacité de chaque camp à modérer ses éléments les plus radicaux et à faire preuve de retenue. Or, les signes récents montrent que cette équation est loin d’être acquise. Netanyahou est sous pression interne pour poursuivre les opérations militaires contre le Hezbollah, tandis que le mouvement chiite affirme qu’il continuera ses attaques tant que l’invasion israélienne du sud du Liban se poursuivra.

La Maison-Blanche insiste sur le fait qu’un cessez-le-feu est en vigueur, mais la réalité des combats dans le sud du Liban et les accusations mutuelles entre les parties jettent une ombre sur sa pérennité. L’espoir d’un retour à une vie normale pour les Libanais reste suspendu à la capacité des acteurs internationaux et locaux à respecter leurs engagements, dans un contexte où chaque nouvelle frappe menace de faire basculer à nouveau la région dans une escalade incontrôlable.