L’annonce d’un cessez-le-feu entre Washington et Téhéran, officialisée ce lundi, a suscité une onde d’espoir au Liban, où la population aspire à la fin d’un conflit qui dure depuis 2023. Selon des responsables iraniens et pakistanais, l’accord inclut également le territoire libanais. Pourtant, les déclarations émanant de responsables israéliens jettent une ombre sur la pérennité de cette trêve, et les habitants des régions méridionales du pays accueillent la nouvelle avec une prudence teintée de méfiance.

Des retours prudents malgré la destruction

Des images diffusées ce lundi montrent des Libanais regagnant leurs localités du sud, franchissant le pont de Bourj Rahal. Toutefois, les autorités mettent en garde les résidents des villages frontaliers : ils ne doivent pas revenir tant que la situation sécuritaire n’est pas clarifiée. L’armée libanaise a appelé à la vigilance. Nombre de déplacés ont peu à retrouver : des quartiers entiers de Tyr et de Nabatieh, deux des agglomérations les plus peuplées du sud, ont été rasés par les bombardements israéliens.

Ali Saleh, 55 ans, originaire du village de Jwaya, vit reclus dans un stade de Beyrouth depuis le début du mois de mars. « Je ne rentrerai pas chez moi, confie-t-il. Ma maison a été touchée et vous savez, la situation financière est difficile en ce moment. » Son témoignage illustre le dilemme de centaines de milliers de déplacés qui, même en cas de cessez-le-feu, n’ont plus de foyer où retourner.

L’accord de trêve et ses zones d’ombre

L’accord, négocié avec la médiation pakistanaise, prévoit une cessation des hostilités entre l’Iran et les États-Unis. Selon des sources diplomatiques pakistanaises, le Liban est partie prenante de l’entente. Mais les déclarations contradictoires venues d’Israël laissent planer le doute : alors que des responsables israéliens n’ont pas officiellement confirmé leur adhésion, l’armée israélienne a émis, ces derniers jours, des ordres d’évacuation pour 29 localités du sud du Liban, accentuant la pression sur les civils.

Le Hezbollah, qui avait violemment rejeté les précédents cessez-le-feu, n’a pas encore pris position publiquement sur cet accord. Le 2 mars, il avait tiré six roquettes vers Israël, ripostant à des milliers de violations israéliennes de la trêve de 2024. Ce tir faisait suite à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, le 28 février, dans les premières salves de la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Depuis, Israël a tué au moins 3 783 personnes au Liban et blessé 11 699 autres. Plus de 1,2 million de personnes ont été déplacées du sud, de la banlieue sud de Beyrouth et des villages de la plaine de la Bekaa.

Des espoirs mêlés de crainte

Les habitants qui ont pu regagner leurs villages affichent un optimisme mesuré. Beaucoup redoutent que cet accord ne soit qu’une trêve de courte durée, comme celle de 2024, qui avait volé en éclats après des mois de violations. « Nous voulons être sûrs à 100 % », résume un habitant interrogé alors qu’il franchissait le pont de Bourj Rahal. La méfiance est renforcée par l’occupation israélienne de vastes étendues du sud du Liban, où Tsahal a installé une zone tampon.

L’armée libanaise a appelé les déplacés à ne regagner leurs foyers qu’après une évaluation complète de la sécurité. De nombreuses localités restent inaccessibles, minées ou détruites. Le chemin vers une paix durable semble encore semé d’embûches, alors que les violences récentes ont profondément traumatisé la société libanaise.