Un calme fragile après l'annonce de la trêve

Quelques heures après l'annonce, lundi, d'un cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran, des familles déplacées par la guerre ont commencé à regagner leurs localités du sud du Liban, bravant les consignes des autorités qui déconseillaient encore un retour. Dans une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux, des habitants arrivant en voiture dans un village ont découvert un véhicule blindé israélien bloquant une rue.

Épuisée par plus de trois mois de conflit, la population libanaise espère que cette trêve mettra également un terme aux combats entre l'armée israélienne et le Hezbollah, la milice chiite soutenue par Téhéran. Un calme précaire semble s'être installé, même si des attaques ont été signalées des deux côtés ces dernières heures. Beaucoup restent dubitatifs quant à la pérennité de cette accalmie.

Témoignages de retour et de résignation

Abou Ali, déplacé de Jebchit, dans la région de Nabatieh, raconte que sa famille « est revenue, mais avec prudence ». Entouré de bâtiments lourdement endommagés, il ajoute : « Tout cela peut être compensé et reconstruit. »

Moustafa, un autre habitant, regagnait le village d'Aadshit, près de Marjayoun, avec une simple valise. « Pour quelqu'un qui connaît cette région et y a vécu, revenir et voir cette destruction est extrêmement difficile », confie-t-il. Il dit cependant douter que l'accalmie dure : « On ne peut pas faire confiance à Israël. »

Les termes de l'accord encore flous

Le contenu précis de l'accord entre Washington et Téhéran n'a pas été rendu public, et son application au Liban reste incertaine. Téhéran et Islamabad, qui a servi de médiateur, ont indiqué que l'accord incluait un cessez-le-feu au Liban – une condition posée par l'Iran, qui constituait un obstacle majeur dans les négociations.

Pour l'Iran, inclure le Liban dans la trêve était crucial pour renforcer son image auprès des partisans du Hezbollah, durement éprouvés par le conflit, et pour consolider son influence intérieure. Téhéran finance, entraîne et arme le Hezbollah depuis sa création dans les années 1980.

Un lourd bilan humain et matériel

Cette guerre a été catastrophique pour le Liban. Plus de 3 800 personnes ont été tuées, dont de nombreuses femmes et enfants, selon le ministère de la Santé libanais, dont les chiffres ne distinguent pas combattants et civils. L'armée israélienne affirme avoir abattu plus de 2 500 combattants du Hezbollah. Côté israélien, les autorités dénombrent 30 soldats et quatre civils tués de part et d'autre de la frontière.

Environ 50 000 habitations ont été endommagées ou détruites au Liban. Un million de personnes restent déplacées, en majorité des chiites. Même en cas de cessez-le-feu, nombre d'entre elles ne pourront pas rentrer chez elles.

Méfiance et interrogations

Israël soutenait que le conflit contre le Hezbollah était distinct de celui mené contre l'Iran et qu'il devait se poursuivre. Mais sous la pression des États-Unis, l'État hébreu pourrait être contraint de réduire, voire de cesser, sa campagne militaire.

Malgré l'affaiblissement du Hezbollah lors des récentes guerres avec Israël, le mouvement – à la fois parti politique et organisation sociale gérant écoles et hôpitaux – demeure une force significative au sein de la communauté chiite libanaise. Un récent déplacement dans le sud du pays, fief du Hezbollah, a montré que le soutien à l'organisation persiste malgré les frappes israéliennes constantes.