Mercredi 8 juillet, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont donné le coup d'envoi de leur campagne présidentielle commune par un déplacement à La Flèche, dans la Sarthe. Il s'agissait du premier rendez-vous public depuis que la cheffe de file du Rassemblement national (RN) a officialisé sa candidature à l'Élysée, la veille, quelques heures après le prononcé de l'arrêt de la cour d'appel de Paris dans l'affaire des assistants parlementaires européens.

Le président du parti, Jordan Bardella, a déclaré « se réjouir » que Marine Le Pen « puisse porter nos couleurs » lors de l'élection. Il a promis que les deux têtes de l'exécutif du RN « continueraient de travailler naturellement main dans la main ». Interrogé sur les spéculations qui voyaient en lui un candidat de substitution en cas d'inéligibilité, Bardella a assuré n'éprouver « ni soulagement, ni déception » à se trouver en position de second, et s'est dit heureux « qu'on puisse ensemble entrer en campagne ».

Un accueil mitigé sur le marché

Le duo a été accueilli par des sifflets et des cris hostiles. Plusieurs dizaines de militants issus de La France insoumise et de formations écologistes brandissaient des pancartes « Le Pen condamnée ». La déambulation prévue sur le marché de la ville, conquise par le RN aux dernières municipales, a dû être écourtée en raison de ces manifestations.

Marine Le Pen n'a pas caché sa satisfaction d'être officiellement entrée en lice. Elle a balayé les critiques relatives à sa candidature malgré sa condamnation judiciaire. « La cour m'a rendu mon éligibilité. Je suis innocente et j'effectue un pourvoi en cassation pour démontrer mon innocence », a-t-elle martelé, en référence à la réduction de sa peine d'inéligibilité à 45 mois (dont 30 avec sursis), ce qui lui permet de se présenter.

Un pourvoi en cassation comme bouclier

Outre l'inéligibilité, Marine Le Pen a été condamnée à trois ans d'emprisonnement, dont un an sous bracelet électronique. Mais l'exécution de cette peine est suspendue par le pourvoi en cassation qu'elle a formé immédiatement après le verdict. La candidate a indiqué qu'elle mènerait campagne sans entrave tant que la Cour de cassation ne se serait pas prononcée. Si le pourvoi était rejeté en début d'année prochaine, elle serait contrainte de porter un bracelet électronique en fin de campagne.

Un choix dynastique qui éclipse Bardella

Ce maintien de Marine Le Pen comme candidate, bien que salué par l'appareil du parti, a relégué au second plan Jordan Bardella que certains observateurs voyaient comme le « joker » du RN en cas de décision judiciaire défavorable. La troisième campagne présidentielle de la fille de Jean-Marie Le Pen s'annonce risquée. Des analystes pointent un manque de cohérence économique dans le programme du RN ainsi que des enjeux de probité liés à la condamnation. Pour l'heure, le parti affiche une unité de façade : Bardella se contente de jouer les lieutenants, tandis que Le Pen mène la danse.

La Flèche avait été choisie pour ce premier rendez-vous parce que la ville a basculé à l'extrême droite lors des dernières élections municipales. La candidate entend ainsi s'appuyer sur les territoires conquis pour nourrir sa dynamique nationale. Le prochain grand rendez-vous de campagne n'a pas encore été annoncé, mais le RN prévoit une série de déplacements en région pour les semaines à venir.