Un accord attendu pour apaiser la crise énergétique
L'accord conclu entre les États-Unis et l'Iran, officialisé récemment, a conduit à la réouverture du détroit d'Ormuz et à la suspension des hostilités. Cette entente, saluée comme un tournant, a déjà eu un effet immédiat sur les marchés pétroliers, avec des prix retombant à leur plus bas niveau depuis le début du mois de mars. Cependant, la remise en route des flux d'hydrocarbures à grande échelle s'annonce comme un processus de longue haleine, selon plusieurs acteurs du secteur.
Des défis logistiques et industriels majeurs
Le premier obstacle à surmonter est celui de la confiance des compagnies maritimes. Pour que les pétroliers bloqués dans le golfe Persique puissent livrer leur cargaison, il est indispensable que les armateurs soient suffisamment rassurés quant à la pérennité de l'accord. La trêve, fixée à une durée de soixante jours, laisse aux navires proches du détroit le temps d'effectuer un aller-retour vers des ports irakiens ou koweïtiens. Pour les pétroliers plus éloignés, le calcul est plus complexe, surtout si les propriétaires doutent de la stabilité de l'entente.
Par ailleurs, les infrastructures pétrolières et gazières des pays du Golfe ont subi des dommages durant le conflit. La remise en service des puits, des raffineries et des autres installations nécessite des travaux d'envergure. Wael Sawan, directeur général de Shell, estimait récemment qu'il faudrait compter entre six et douze mois pour retrouver un certain équilibre. Il précisait que cette évaluation reposait sur l'hypothèse d'un redémarrage rapide, ce qui est loin d'être acquis en raison des dégâts subis par certaines infrastructures.
Un retour à la normale progressif
Sultan Ahmed Al Jaber, à la tête d'Abou Dhabi National Oil Company (ADNOC), a indiqué qu'il faudrait au minimum quatre mois pour rétablir 80 % des flux d'avant le conflit. Selon lui, un retour complet à la normale n'interviendrait pas avant le premier, voire le second trimestre 2027. Ces prévisions soulignent l'ampleur du défi, alors que la production des pays du Golfe a été réduite de 15 millions de barils par jour au printemps, soit près de 15 % de l'offre mondiale, selon les données de S&P Global Energy.
La crise a déjà fortement affecté la demande de pétrole, qui a enregistré une baisse inédite depuis la pandémie de Covid-19. S&P Global Energy évalue la contraction de la consommation mondiale de pétrole et de produits dérivés à près de 5 % au deuxième trimestre. L'Agence internationale de l'énergie prévoit pour sa part une baisse plus modeste.
Conséquences pour les consommateurs et les marchés
Même si l'accord suscite un soulagement sur les marchés, il est peu probable que les prix à la pompe reviennent rapidement à leur niveau d'avant-guerre, y compris dans des pays comme les États-Unis, moins touchés par les pénuries. Les pays asiatiques et européens, où de nombreux consommateurs ont rencontré des difficultés d'approvisionnement, devront patienter. Le temps nécessaire au transit des pétroliers, au raffinage du brut et à la redistribution locale allonge les délais.
Darren Woods, PDG d'Exxon Mobil, a souligné que les conséquences à long terme de cette crise dépendront de l'évolution de la situation en Iran et des garanties offertes à la communauté internationale quant à la continuité des flux.
En résumé
Si l'accord entre Washington et Téhéran marque une étape décisive dans la résolution de la crise énergétique mondiale, la remise en route complète du système pétrolier et gazier reste conditionnée par la confiance des acteurs économiques, la réparation des infrastructures endommagées et la stabilisation politique durable de la région. Les prochaines semaines seront cruciales pour jauger la solidité de cette trêve et ses répercussions sur l'approvisionnement énergétique mondial.