Un navire gazier français, le LNG Libra, a franchi le détroit d'Ormuz ce vendredi 19 juin, marquant la première traversée d'un bâtiment occidental depuis la signature de l'accord-cadre entre les États-Unis et l'Iran, trois jours plus tôt. L'opérateur du navire, la compagnie gazière française Engie, a confirmé que le bâtiment était passé sans incident sous escorte de la marine iranienne, conformément aux nouvelles procédures de transit mises en place dans le cadre du protocole de paix.
Un passage sous haute surveillance
Le LNG Libra, un méthanier transportant du gaz naturel liquéfié, a quitté le terminal de Ras Laffan, au Qatar, à destination du port français de Fos-sur-Mer. Selon des sources maritimes proches du dossier, le navire a été pris en charge par des vedettes des Gardiens de la révolution islamique dès son entrée dans les eaux territoriales iraniennes, puis escorté jusqu'à la sortie du détroit, côté golfe d'Oman. Aucun incident n'a été signalé lors de ce transit qui a duré environ six heures, un délai jugé « normal » par les autorités portuaires iraniennes.
Pour Paris, ce passage constitue une première concrétisation des engagements pris par les belligérants. « C'est le signe que la diplomatie peut l'emporter et que nos partenaires respectent leurs engagements », a déclaré le ministère français des Affaires étrangères dans un communiqué diffusé en milieu de journée. L'Élysée avait activement œuvré ces dernières semaines pour obtenir des garanties de passage pour les navires français et européens.
Un accord encore fragile
Si ce franchissement est présenté comme une réussite par plusieurs capitales occidentales, les négociations de fond peinent à avancer. Les discussions prévues ce même vendredi 19 juin en Suisse entre les délégations américaine et iranienne ont été reportées sine die, aucune date n'ayant été avancée pour une reprise. Les désaccords persistent sur plusieurs points clés : le calendrier de levée des sanctions économiques, le périmètre des inspections du programme nucléaire iranien, et la question des garanties de sécurité réciproques.
Le président américain Donald Trump s'est félicité de cette avancée, y voyant la preuve de l'efficacité de sa stratégie de pression maximale. « Le pétrole va couler à flots », a-t-il tweeté, reprenant sa formule de la semaine dernière. Mais sur le terrain, les marchés restent prudents : le cours du brut a certes baissé de 2 à 3 dollars depuis l'annonce de l'accord, mais les analystes estiment que les prix ne devraient pas retrouver leur niveau d'avant-crise avant plusieurs mois, le temps que le trafic reprenne à un rythme normal.
Les retombées économiques en question
La réouverture du détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, est cruciale pour l'économie mondiale. Sa fermeture durant plus de deux mois a fait flamber les prix des carburants et accentué les tensions inflationnistes, notamment aux États-Unis, où l'administration Trump fait face à des élections de mi-mandat en novembre prochain.
Layal Mansour, chercheuse en économie basée au Koweït, relativise toutefois les effets immédiats de cette première traversée : « Les seules qui ont profité de cette crise sont les grandes compagnies pétrolières. Pour le reste du monde, cette guerre a été une catastrophe, et un simple retour au statu quo ne résout rien sur le fond. » Elle rappelle que Greenpeace EU estimait récemment les profits de guerre des majors pétrolières à 81,4 millions d'euros par jour depuis le début du conflit.
Des enjeux au-delà du pétrole
Au-delà de l'aspect énergétique, ce passage ouvre des perspectives diplomatiques. La France, par la voix de son président, a réaffirmé son souhait de voir aboutir un accord global incluant une limitation du programme nucléaire iranien et des garanties de sécurité pour l'ensemble des pays de la région. Paris insiste également sur la nécessité de ne pas limiter cette détente à une simple entente sur les hydrocarbures.
Dans l'immédiat, d'autres navires français et européens devraient suivre le même itinéraire dans les prochains jours, selon des sources portuaires. Le gouvernement français a indiqué que des discussions étaient en cours avec les autorités iraniennes pour établir un « corridor maritime sécurisé » destiné à faciliter le transit des navires civils. Toutefois, aucun calendrier précis n'a été communiqué pour la normalisation complète du trafic dans cette zone stratégique.