Les modalités de la réouverture du détroit d'Ormuz, fermé par l'Iran en représailles au blocus américain, font l'objet d'interprétations divergentes entre Washington et Téhéran. Alors que l'administration américaine a présenté un accord prévoyant un système de péage, les autorités iraniennes affirment de leur côté qu'il s'agit de « frais de services », selon des déclarations rapportées ces derniers jours.
Deux lectures d'un même accord
D'un côté, la Maison-Blanche a laissé entendre que les navires traversant le détroit d'Ormuz devraient s'acquitter d'un péage, une mesure présentée comme un mécanisme de régulation et de financement de la sécurité maritime. De l'autre, Téhéran insiste sur le fait que les sommes perçues ne constituent en aucun cas un péage, mais une compensation pour les services de pilotage et d'assistance fournis par la marine iranienne aux bâtiments de commerce transitant par cette voie stratégique.
Cette opposition de vocabulaire masque des enjeux plus profonds. Pour les États-Unis, l'instauration d'un péage serait un moyen de contrôler les flux et de s'assurer que l'Iran ne tire pas un bénéfice économique excessif de la réouverture. Pour l'Iran, les « frais de services » constituent une reconnaissance de sa souveraineté sur cette voie d'eau et un moyen de financer ses opérations de surveillance.
Paris et Londres sur le pont
De leur côté, la France et le Royaume-Uni ont affirmé disposer d'un plan opérationnel prêt à être déployé pour rétablir la navigation dans le détroit. Le président français, Emmanuel Macron, a écarté l'idée d'un « péage » et promis une reprise rapide du trafic. Selon des sources concordantes, Paris et Londres sont prêts à mobiliser des moyens navals pour sécuriser le passage et permettre la reprise des transits.
Le rétablissement de la circulation dans le détroit d'Ormuz est une condition nécessaire à une baisse des prix des carburants sur les marchés mondiaux. La fermeture du détroit, par lequel transite environ un tiers du pétrole brut transporté par voie maritime, a provoqué une flambée des cours du brut ces dernières semaines.
Des négociations sous tension
L'accord annoncé entre Washington et Téhéran intervient après des semaines de tensions et de menaces mutuelles. L'Iran avait officiellement fermé le détroit d'Ormuz en riposte au blocus américain imposé par Donald Trump. En représailles, Téhéran avait également annoncé avoir scellé son stock d'uranium et miné des sites stratégiques par crainte d'une opération militaire américaine.
Les Émirats arabes unis auraient également joué un rôle dans les tensions, en bloquant des fonds destinés à l'Iran, selon des informations non confirmées officiellement. Le montant de ces sommes bloquées serait compris entre 10 et 20 milliards de dollars.
Quelles suites ?
Si les détails de l'accord restent flous, la perspective d'une reprise du trafic est accueillie avec soulagement par les compagnies maritimes et les marchés pétroliers. Reste à savoir si le vocabulaire choisi pour qualifier les paiements (péage ou frais de services) ne cache pas un désaccord plus profond sur le partage des responsabilités et des bénéfices liés au contrôle du détroit.
La France et le Royaume-Uni, en se déclarant prêts à agir, semblent vouloir accélérer le processus et éviter que cette divergence sémantique ne retarde la réouverture effective de l'une des routes maritimes les plus stratégiques au monde.