Téhéran a rendu publics, mercredi 18 juin, les termes précis du protocole d’accord conclu avec les États-Unis, signé à distance par les deux présidents. Ce document de quatorze points, fruit de plusieurs semaines de négociations indirectes par l’intermédiaire d’Oman, constitue une première étape vers une sortie du conflit qui oppose les deux pays depuis plus de trois mois. Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a détaillé les grandes lignes du texte lors d’une conférence de presse.

Cessez-le-feu et désescalade régionale Le protocole prévoit un cessez-le-feu immédiat et prolongé sur l’ensemble des théâtres d’affrontements directs ou indirects. L’Iran s’engage à ce que ses alliés régionaux, dont le Hezbollah libanais, les factions irakiennes et les houthis yéménites, suspendent leurs opérations militaires. En contrepartie, les États-Unis confirment leur retrait total d’Irak et de Syrie, une revendication constante de Téhéran. Un mécanisme de suivi tripartite – Iran, États-Unis, Oman – est mis en place pour garantir le respect de ces engagements.

Détroit d’Ormuz et maritime L’une des mesures les plus immédiates est la réouverture du détroit d’Ormuz à la libre circulation des navires marchands. Le texte stipule que les patrouilles navales américaines et iraniennes coordonneront leurs mouvements pour éviter tout incident. Des patrouilles conjointes avec les garde-côtes omanais sont également prévues. Dès le lendemain de la signature, deux pétroliers iraniens ont traversé le détroit sans entrave, marquant le début de la reprise du trafic.

Nucléaire : gel et dilution Sur le dossier nucléaire, l’accord maintient un statu quo provisoire. L’Iran conserve ses infrastructures d’enrichissement existantes, mais s’engage à ne pas enrichir d’uranium au-delà de 3,67 %. Les stocks d’uranium enrichi à 60 % – seuil proche du militaire – doivent être dilués ou expédiés vers un pays tiers dans un délai de trente jours. Aucune nouvelle centrifugeuse ne sera installée, et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pourra effectuer des inspections renforcées. Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a précisé que Téhéran conservait “tous ses droits” à un programme nucléaire civil, mais acceptait ces limitations temporaires en échange d’une levée des sanctions.

Sanctions et financement Washington s’engage à lever progressivement les sanctions économiques imposées depuis le début du conflit, notamment le gel des avoirs iraniens à l’étranger. La première tranche, d’un montant de six milliards de dollars, sera débloquée sous quinze jours. Ces fonds seront destinés à l’achat de biens humanitaires – nourriture, médicaments – sous supervision d’un fonds de confiance omanais. Les sanctions liées au programme balistique iranien ne sont pas levées dans un premier temps, mais feront l’objet de discussions lors de la phase suivante.

Calendrier des négociations futures Le protocole ouvre une période de négociations de soixante jours, renouvelable une fois, pour traiter des sujets laissés en suspens : le programme balistique, le rôle régional de l’Iran, le sort du nucléaire à long terme, et la situation au Liban et au Yémen. Ces pourparlers auront lieu à Genève sous l’égide des Nations unies. Le vice-président américain, JD Vance, a confirmé que Washington rendrait public le texte intégral le 19 juin, mais Téhéran a pris les devants en présentant sa propre interprétation.

Réactions et incertitudes Si les deux capitales saluent une “première étape historique”, des voix critiques se font entendre. En Iran, des députés conservateurs dénoncent des concessions excessives sur le nucléaire, tandis qu’aux États-Unis, certains élus républicains jugent l’accord trop laxiste sur le programme balistique. Le président Pezeshkian a défendu le texte en affirmant qu’il “garantissait les intérêts nationaux sans sacrifier la sécurité”. De son côté, Donald Trump a tweeté que “le meilleur reste à venir”.

Enjeux humanitaires La levée partielle des sanctions devrait permettre un allègement de la crise économique en Iran, où l’inflation dépasse 40 % et où les pénuries de médicaments sont critiques. Les organisations humanitaires internationales espèrent un accès accru aux zones touchées par les conflits régionaux. Le détroit d’Ormuz étant rouvert, les prix du pétrole ont déjà baissé de 5 % sur les marchés mondiaux.