L'Iran a durci sa position sur le contrôle du détroit d'Ormuz, en rejetant un accord maritime international datant de 1968 qui régit les voies de navigation dans cette zone stratégique. Kazem Gharibabadi, négociateur iranien lors des discussions avec les États-Unis, a réaffirmé que Téhéran entend imposer son autorité sur le passage et conteste le projet soutenu par Washington et Mascate de créer un itinéraire alternatif.

L'accord de 1968, négocié entre l'Iran et Oman et ratifié par l'Organisation maritime internationale (OMI), avait établi un dispositif de séparation du trafic (Traffic Separation Scheme) dans le détroit d'Ormuz, large d'environ 38 kilomètres. Ce cadre technique visait à prévenir les collisions entre les pétroliers géants et répondait à une particularité juridique : les eaux territoriales iraniennes et omanaises se chevauchant, il n'existe pas d'eaux internationales neutres au milieu du détroit. Pendant des décennies, ce dispositif a constitué la référence pour le transit maritime dans cette voie d'eau cruciale pour les approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz.

Mais aujourd'hui, les autorités iraniennes estiment que cet accord est caduc. M. Gharibabadi a souligné que ce pacte datait d'avant la révolution islamique de 1979, qui a renversé le chah et instauré un régime clérical. « Nous avons dit à la partie omanaise que ces routes doivent absolument changer », a-t-il déclaré, annonçant l'ouverture de discussions techniques avec Oman sur une modification des voies de navigation.

Selon des experts, ce revirement traduit une évolution de la perception iranienne de sa sécurité. Ali Vaez, directeur du projet Iran à l'International Crisis Group, explique qu'à l'époque de la signature de l'accord, l'Iran était une puissance militaire régionale dominante et n'avait pas besoin d'utiliser sa position stratégique comme levier. Désormais, les responsables iraniens considèrent que les routes traditionnelles permettent à des navires de guerre de traverser le détroit, ce qui constituerait une menace pour leur sécurité.

Pour renforcer sa position, Téhéran a déjà miné les eaux du détroit, bloquant de fait les routes établies en 1968. Jennifer Parker, ancienne officière de marine désormais chercheuse à l'Université d'Australie-Occidentale, estime que l'argumentation iranienne se veut plus légaliste afin de maximiser son influence à la table des négociations.

En réaction, les États-Unis et Oman ont tenté de mettre en place un corridor de navigation alternatif le long de la rive sud du détroit, dans les eaux territoriales omanaises, sous escorte militaire américaine. Mais M. Gharibabadi a réitéré que l'Iran refuserait de reconnaître toute route parallèle non approuvée par Téhéran.

Cette escalade intervient dans un contexte de tensions persistantes entre Washington et Téhéran, qui menacent un cessez-le-feu fragile. L'Iran insiste sur son droit de contrôler le passage et a prévenu qu'il ne tolérerait aucun franchissement non autorisé de ce qu'il considère comme ses eaux. Le projet de voie alternative omanais, soutenu par les États-Unis, est ainsi directement contesté par la République islamique, qui voit dans cette initiative une tentative de contourner son autorité.