Les cérémonies funéraires de l'ayatollah Ali Khamenei, étalées sur plusieurs jours, se déroulent selon un scénario très orchestré où chaque symbole est soigneusement choisi. Les observateurs présents dans les rues de Téhéran ont relevé des motifs récurrents qui traduisent la double ambition du régime : appeler à la vengeance pour la mort de son guide et réaffirmer sa puissance face à des fragilités internes et externes.
Parmi les éléments les plus frappants figure un drapeau rouge brandi par de nombreux participants, sur lequel est inscrit la formule « ya la-thara al-Husayn ». Cette invocation appelle à venger Hussein, petit-fils du prophète Mahomet, dont l'assassinat dans l'actuel Irak occupe une place fondatrice dans l'identité religieuse chiite. En distribuant massivement ces étendards, les autorités iraniennes signifient qu'elles entendent également réclamer le châtiment des responsables de la mort de leur dirigeant défunt.
Un autre symbole fort est apparu avec la diffusion de photographies générées par intelligence artificielle montrant l'ayatollah Khamenei entouré d'enfants. Ces images font référence au nombre 168, inscrit sur des sacs à dos portés par des participants : il correspond au bilan d'un bombardement sur une école primaire survenu très tôt pendant la guerre Iran-Irak. Les photos des jeunes victimes sont exhibées, tandis que les clichés retouchés du guide suprême les présentent comme un protecteur des innocents.
Les poings fermés, déclinés sur des drapeaux et des affiches dans toute la capitale, complètent le tableau. Ce geste, répété à l'infini, signifie que les partisans du guide défunt restent résolus et entendent perpétuer son héritage.
Ces cérémonies multiday ont été organisées avec la participation de la presse étrangère, invitée par les autorités iraniennes. Dans ce contexte, les symboles déployés ne reflètent probablement pas l'opinion de la majorité des Iraniens. Le régime cherche avant tout à projeter une image de force et de cohésion, alors que le nouveau guide suprême ne s'est encore jamais montré en public, que la situation économique demeure très difficile pour la population et que le cessez-le-feu avec les États-Unis reste précaire.
La dépouille de l'ayatollah Khamenei a quitté Téhéran pour Qom, ultime étape avant son transfert en Irak, où des hommages sont également prévus. La succession, marquée par l'absence du fils Mojtaba lors de la prière funèbre, continue de susciter des interrogations, tandis que le pouvoir met en scène un deuil national visant à refonder sa légitimité.