Un front judiciaire élargi contre la mégafusion
L’opposition à la fusion entre Paramount Skydance et Warner Bros Discovery se renforce. L’État de l’Oregon a officiellement demandé le report de l’opération, rejoignant une coalition de douze États emmenée par la Californie, qui a déposé une plainte devant un tribunal fédéral d’Oakland. Les autorités de l’Oregon estiment que le mariage entre deux des cinq derniers grands studios hollywoodiens porterait atteinte à la concurrence et nuirait aux consommateurs comme aux travailleurs du secteur.
Cette requête survient après que le département de la Justice américain a donné son feu vert sans condition à la transaction, le 12 juin. Une décision qui a surpris jusqu’aux avocats de l’agence, dont plusieurs recommandaient un blocage pur et simple. Le procureur général de Californie, Rob Bonta, a accusé l’administration fédérale d’avoir « abdiqué » ses responsabilités antitrust.
Les scénaristes entrent dans la bataille
Parallèlement, la Writers Guild of America (WGA), le principal syndicat des scénaristes américains, a déposé une action en justice distincte pour empêcher la fusion. Dans une déclaration, le syndicat affirme que « cette fusion n’est pas inévitable » et qu’elle nuirait à la diversité des contenus et aux conditions de travail des auteurs. La WGA rejoint ainsi la contestation menée par les États, estimant que le rapprochement créerait un géant aux pouvoirs de marché excessifs.
Des arguments centrés sur le pouvoir de marché
Les plaignants soutiennent que Paramount Skydance, déjà propriétaire de CBS, des studios Paramount et de la plateforme Paramount+, en rachetant Warner Bros Discovery (qui détient Warner Bros, HBO, CNN et le service Max) deviendrait un distributeur trop puissant, capable d’imposer des conditions défavorables aux salles de cinéma et de réduire la production de contenus. La crainte est que ce monstre médiatique – valorisé à environ 111 milliards de dollars – ne se concentre uniquement sur les franchises les plus rentables, au détriment de la création indépendante et de l’emploi dans l’industrie.
Rob Bonta a résumé la position des États lors d’une conférence de presse : « Les spectateurs, qu’ils soient sur leur canapé ou dans une salle de cinéma, subiraient les conséquences de cette fusion illégale. » Il a ajouté que l’opération entraînerait « des prix plus élevés, une qualité moindre et moins de choix ».
Un précédent dans l’activisme antitrust des États
Cette affaire constitue un test majeur pour les États qui cherchent à jouer un rôle plus actif en matière de régulation concurrentielle, surtout depuis que la Cour suprême a récemment limité les pouvoirs des agences fédérales. La coalition – composée notamment de la Californie, de New York et de l’État de Washington – entend montrer que les procureurs généraux peuvent se substituer à une administration jugée trop complaisante. Certains observateurs y voient également une confrontation politique entre des États démocrates et un gouvernement républicain perçu comme favorable aux grandes fusions.
Les entreprises concernées n’ont pas encore commenté publiquement les nouvelles demandes de report. L’audience préliminaire devant le tribunal d’Oakland devrait fixer le calendrier de la procédure dans les semaines à venir.