Une juge fédérale a suspendu pour une durée de quatorze jours la fusion controversée de 111 milliards de dollars entre Paramount Skydance et Warner Bros Discovery, faisant suite à une action en justice intentée par la Californie et onze autres États pour bloquer l'opération. La magistrate Araceli Martinez-Olguin a rendu cette décision après avoir entendu les arguments des deux parties vendredi dernier, accordant ainsi une mesure conservatoire qui pourrait être prolongée tandis que les tribunaux examinent le bien-fondé de la plainte antitrust.
Dans son ordonnance, la juge a estimé que « la démonstration des États plaignants indique au moins que des questions sérieuses quant au fond subsistent, ce qui plaide en faveur d'une mesure provisoire ». Elle a souligné que Paramount et Warner Bros continueront à fonctionner comme des entités distinctes et compétitives sur le marché pendant que la justice tranchera le dossier. « L'équilibre des intérêts, combiné à l'intérêt vital du public pour l'application du droit de la concurrence, penche donc nettement en faveur de la mesure provisoire demandée », a-t-elle ajouté.
Une menace pour la viabilité de l'accord
Ce délai pourrait s'avérer fatal pour la transaction. Les retards de cette nature peuvent parfois conduire à l'abandon de fusions de cette ampleur avant même que le contentieux antitrust n'ait pu pleinement examiner les mérites du rapprochement. Paramount avait précédemment indiqué qu'elle ne serait pas pénalisée par un report jusqu'à la fin du mois de septembre, date à laquelle la situation pourrait se compliquer.
À compter du 30 septembre, Paramount s'est en effet engagée à verser à ses actionnaires une « compensation de retard » d'environ 7 millions de dollars par jour si l'opération n'était pas finalisée. Ce mécanisme financier, ajouté à l'endettement massif que le rachat implique, pourrait peser lourdement sur les capacités de financement du groupe.
Le rôle clé d'Oracle et de Larry Ellison
L'issue du litige est d'autant plus incertaine que Larry Ellison, le fondateur d'Oracle, est un acteur central de l'opération. Selon des informations concordantes, Oracle est fortement exposé dans le secteur de l'intelligence artificielle, avec un niveau d'endettement jugé agressif par certains analystes. Si une bulle spéculative autour de l'IA venait à éclater pendant le débat judiciaire, la capacité d'Ellison à gérer la charge de la dette et le financement de la fusion deviendrait moins soutenable.
Des arguments contestés par Paramount
Alors que la procédure se durcissait, les dirigeants de Paramount ont multiplié les initiatives pour tenter d'accélérer la conclusion de l'accord. Ils ont notamment agité, de manière jugée infondée, la menace d'un départ de la Californie, et avancé que les opposants à la fusion feraient preuve d'antisémitisme. Ces arguments n'ont pas convaincu la juge, qui a accordé la mesure conservatoire.
Un contentieux aux dimensions multiples
La plainte déposée par la Californie et les onze autres États vise à démontrer que cette consolidation nuirait à la concurrence sur le marché, entraînerait des suppressions d'emplois, une hausse des prix pour les consommateurs et une dégradation de la qualité des produits, la nouvelle entité devant faire face à un endettement colossal. Le dossier intervient après que les autorités américaines ont donné leur feu vert à l'opération en juin dernier, mais alors que plusieurs régulateurs, dont ceux du Royaume-Uni et de l'Union européenne, examinent encore de près le projet de fusion. Le Wall Street Journal avait rapporté plus tôt que la société avait proposé des concessions à Bruxelles pour tenter d'obtenir une validation.
La décision de la juge Martinez-Olguin marque un coup d'arrêt temporaire à l'une des plus importantes opérations de concentration dans le secteur des médias et du divertissement. L'audience sur le fond de la demande d'injonction préliminaire devrait se tenir dans les prochains jours, et pourrait soit confirmer le gel pour une durée plus longue, soit permettre la reprise du processus de fusion.