La recrudescence des violences xénophobes en Afrique du Sud, notamment dans le township d'Alexandra, pousse des milliers de migrants à quitter le pays. Parmi eux, des Zambiennes témoignent de leur calvaire, entre intimidations physiques, menaces et fuite douloureuse.

Des scènes de traque au cœur d’Alexandra

Dans les rues d’Alexandra, une banlieue densément peuplée de Johannesburg, des groupes de résidents ont organisé des opérations dite de « chasse aux étrangers ». Des vidéos montrent des manifestants armés de bâtons, harcelant et frappant des personnes qu’ils accusent d’être en situation irrégulière. La police était présente sur place, mais n’est pas intervenue pour empêcher ces violences. Plusieurs commerces tenus par des étrangers ont été pillés et incendiés.

Le récit d’une mère de famille zambienne

« Ils sont venus chez nous en pleine nuit, en criant des insultes et en frappant aux portes avec des barres de fer », raconte Miriam (prénom modifié), une Zambienne qui a fui l’Afrique du Sud avec ses trois enfants. « Mon mari a été battu devant nous. Nous avons dû tout laisser derrière nous pour sauver nos vies. »

Elle fait partie de ces milliers de ressortissants zambiens qui ont rejoint le flux d’exode vers les pays voisins. Selon des organisations humanitaires, plus de 25 000 migrants auraient déjà quitté l’Afrique du Sud depuis le début de la campagne anti-migrants, lancée par des groupes civils appelant à un « grand départ » des étrangers avant une échéance fixée au 30 juin.

Des violences qui s’étendent au-delà d’Alexandra

Le phénomène ne se limite pas à Alexandra. Dans d’autres quartiers et villes du pays, des heurts ont éclaté entre communautés. Les commerces tenus par des étrangers sont régulièrement la cible de pillages. Certaines entreprises de fret ont suspendu leurs activités par crainte pour la sécurité de leur personnel. Des drones privés ont même été déployés pour soutenir les forces de l’ordre.

Un climat de peur durable

« Même si je rentre en Zambie, je ne me sens plus en sécurité ici », confie Grace, une autre Zambienne interrogée à la frontière. « Nous avons construit notre vie ici, mais maintenant, tout est détruit. »

Les autorités sud-africaines ont condamné ces violences, mais peinent à endiguer le phénomène. Plusieurs interpellations ont eu lieu, mais les groupes anti-migrants continuent de se mobiliser, profitant d’un sentiment de frustration économique dans certaines communautés locales.

Des implications régionales

L’exode massif de migrants, en particulier en provenance du Malawi et de la Zambie, suscite des inquiétudes dans les pays d’origine. Ces derniers doivent désormais gérer un afflux soudain de leurs ressortissants, souvent démunis. Des associations d’aide aux migrants appellent la communauté internationale à intervenir pour protéger les droits des personnes déplacées et à mettre fin à ce cycle de violences.