L'épidémie d'Ebola sévissant en République démocratique du Congo connaît une escalade préoccupante. Selon le dernier rapport de l'Institut national de santé publique (INSP), publié jeudi 2 juillet, le nombre de morts a dépassé le seuil des 400, atteignant exactement 438 décès pour 1 406 cas confirmés, soit un taux de létalité de 31 %. L'épicentre de la maladie reste la province de l'Ituri, dans le nord-est du pays, où plus de 83 % des décès ont été enregistrés. Cette province, frontalière du Soudan du Sud et de l'Ouganda, est également à l'origine de la propagation vers les pays voisins : l'Ouganda a signalé 20 cas dont deux décès.

La progression du virus a été marquée par l'apparition d'un premier cas dans une agglomération importante, Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, située à près de 600 kilomètres du foyer initial. Un test effectué sur le corps d'une femme enceinte de 24 ans s'est révélé positif à Ebola. Selon les autorités sanitaires, le corps de la défunte a été « transporté secrètement à moto jusqu'à Kisangani » depuis la zone de santé de Nia Nia, dans l'Ituri. Les corps des victimes d'Ebola restent très contagieux, et de nombreuses transmissions ont eu lieu lors des rites funéraires.

Outre la Tshopo, le virus s'est également propagé dans la province voisine du Haut-Uele, où un décès et un cas d'infection ont été signalés en début de semaine. Les autorités sanitaires précisent que la personne infectée était « en fuite » de la zone de Nia Nia. Elles maintiennent cependant que seules trois provinces sont officiellement touchées, considérant les cas de la Tshopo et du Haut-Uele comme « importés » de l'Ituri. Plusieurs cas contacts ont néanmoins été identifiés dans ces deux provinces.

Réactions politiques

Le président Félix Tshisekedi s'est exprimé jeudi lors d'une conférence de presse à Kinshasa, à l'occasion d'une visite officielle de son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa. « Les épidémies ne connaissent pas de frontières », a déclaré le chef de l'État congolais. De son côté, Cyril Ramaphosa a appelé la communauté internationale à « ne pas exclure la RDC » en imposant des interdictions de voyager, se montrant optimiste quant à la capacité à contenir l'épidémie.

L'épidémie actuelle, déclarée le 15 mai dernier, est la dix-septième à frapper la RDC. La précédente, la plus meurtrière, avait causé près de 2 300 morts entre 2018 et 2020. La souche en circulation est celle du Bundibugyo. Au cours des cinquante dernières années, Ebola a tué plus de 15 000 personnes sur le continent africain.

Alors que les équipes de santé tentent de renforcer le traçage des contacts et la vaccination, l'extension du virus à un centre urbain comme Kisangani, comptant 1,5 million d'habitants, complique considérablement la riposte. La découverte d'un cas dans cette ville, couplée à la multiplication des cas dans des zones difficiles d'accès, fait craindre une flambée historique, comme l'avaient déjà mis en garde les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) dans leurs précédents bulletins.