Les cours du pétrole ont connu une envolée soudaine mercredi, le Brent dépassant les 76 dollars le baril pour la première fois depuis deux semaines, après que les États-Unis ont lancé des frappes contre l'Iran et révoqué une dérogation temporaire aux sanctions pétrolières. Cette escalade militaire intervient alors que la trêve conclue à la mi-juin paraît de plus en plus fragilisée par un désaccord persistant sur le statut du détroit d'Ormuz.
Attaques en mer et représailles américaines
Les hostilités ont repris à la suite d'attaques contre trois navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz, une voie maritime stratégique par laquelle transite environ un tiers du pétrole transporté par voie maritime. Des responsables américains, qataris et saoudiens ont imputé ces actes à Téhéran. Le Commandement central des États-Unis a annoncé sur le réseau social X le lancement « d'une série de frappes puissantes contre l'Iran pour imposer un lourd tribut au ciblage et aux attaques contre des navires marchands, dont les équipages étaient composés de civils innocents, dans une voie navigable internationale ». Téhéran n'a pas revendiqué directement les attaques, mais avait prévenu les navires de ne pas emprunter les routes non approuvées par ses autorités.
Parallèlement, le Trésor américain a révoqué mardi soir une dérogation qui permettait à l'Iran d'exporter une partie de son pétrole, mesure qui avait été accordée dans le cadre du mémorandum d'entente signé le 17 juin entre Washington et Téhéran. En réaction, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a déclaré que Téhéran prendrait « des mesures décisives pour sauvegarder ses intérêts nationaux et sa sécurité », qualifiant la révocation de « violation flagrante » de l'accord.
Un accord ambigu sur le détroit
Le mémorandum du 17 juin avait mis fin à des mois de conflit ouvert et permis une baisse des prix du pétrole, le Brent revenant à des niveaux d'avant-guerre. Mais son libellé laissait volontairement dans le flou la question du contrôle du trafic dans le détroit d'Ormuz. Tony Sycamore, analyste de marché senior chez IG Australia, a souligné que « le désaccord entre les États-Unis et l'Iran sur le fait de savoir si le détroit est une voie navigable internationale ou en partie des eaux territoriales iraniennes n'a jamais été complètement résolu ». Cette ambiguïté a permis à Téhéran de conserver une forme de pouvoir de nuisance sur les flux maritimes.
Réaction des marchés pétroliers
Le Brent pour livraison en septembre s'échangeait à 76,07 dollars le baril mercredi matin, en hausse de 3 % par rapport à la veille. Cette progression a inversé la tendance baissière observée depuis le cessez-le-feu. Tony Sycamore estime qu'il reste à voir « si les frappes américaines de ce matin mettent fin rapidement à la dernière escalade, ou si l'Iran choisit de continuer à faire jouer son levier sur le détroit par des actions qui restent en deçà d'un conflit généralisé ». Il prévoit que la situation « maintiendra les marchés en alerte et suggère que les prix du pétrole brut ont trouvé un plancher pour l'instant ».
Perspectives incertaines pour les négociations
L'Iran, qui cherche traditionnellement à exercer une pression sur le détroit d'Ormuz en amont des discussions diplomatiques, semble avoir utilisé ces attaques comme un moyen de renforcer sa position avant la reprise des pourparlers. Les frappes américaines compliquent cependant toute reprise rapide du dialogue. Les acteurs régionaux, notamment le Qatar et l'Arabie saoudite, qui avaient joué un rôle de médiateurs lors de l'accord de juin, pourraient tenter de relancer une médiation, mais la confiance est rompue. La question du statut juridique du détroit demeure au cœur du contentieux, et tant que Washington et Téhéran n'auront pas tranché ce point, le risque de nouvelles flambées du pétrole restera élevé.