L’onde de choc provoquée par la découverte d’un corps d’enfant plausiblement celui de Lyhanna, collégienne de 11 années disparue six jours plus tôt dans le Gers, a fait basculer l’indignation publique vers une mise en cause frontale de l’appareil judiciaire. Le garde des Sceaux lui-même a employé le terme de « dysfonctionnement », tandis que le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué une réunion d’urgence à Matignon.
Des critiques venues de tout l’échiquier politique
La révélation que le principal suspect, Jérôme Barella, faisait déjà l’objet de plusieurs plaintes pour viol avant les faits a déclenché une salve de réactions dans la classe politique. Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a fustigé sur le réseau social X une « inaction des pouvoirs publics », estimant que « le peuple français exige des comptes ». Le président des Républicains et candidat à l’élection présidentielle Bruno Retailleau a employé une formule plus tranchante encore, qualifiant le système judiciaire de « faillite » et appelant à une « réforme en profondeur ». Sur le même réseau, le prétendant du parti Horizons, Édouard Philippe, a interrogé le défaut de réaction de la chaîne étatique lorsqu’une parole d’enfant est signalée.
À gauche, la cheffe des Écologistes Marine Tondelier, également candidate à l’Élysée, a dénoncé un système « incapable de gérer le sujet des violences sexistes et sexuelles », pointant un manque de moyens mais aussi un défaut d’alerte qui a « laissé un pédocriminel en toute liberté ». La présidente des députés La France insoumise, Mathilde Panot, proche du candidat Jean-Luc Mélenchon, a attribué ce drame au « résultat de la domination patriarcale systémique, d’années de sous-financement de la justice, de mépris de la parole des enfants ».
Le ministre de la Justice pointe une « mauvaise organisation »
Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, s’est dit jeudi « terrifié par ce dysfonctionnement qui est révélateur, je crois, de notre mauvaise organisation ». Il a mis en cause la lenteur de la transmission des dossiers entre parquets compétents et les délais de réalisation des actes d’enquête dans les précédents dossiers. Le porte-parole du ministère de la Justice, Sacha Straub-Kahn, a renchéri vendredi matin en déclarant : « Nous sommes tous terrifiés par ce dysfonctionnement qui est révélateur de notre mauvaise organisation et, sans doute, au ministère de la Justice comme ailleurs, du fait que nous ne prenons pas au sérieux la parole de l’enfant ». Il a ajouté qu’il prendrait « ses responsabilités ».
Une réunion de crise à Matignon
Face à la gravité des faits, Matignon a annoncé qu’une réunion se tiendrait ce vendredi à l’initiative du Premier ministre Sébastien Lecornu. Elle doit rassembler les ministres de l’Intérieur et de la Justice. L’objectif est d’examiner cette affaire de près et de faire la lumière sur les possibles manquements dans le traitement des plaintes pour viol visant l’homme soupçonné d’avoir enlevé la jeune fille. L’identification officielle du corps retrouvé jeudi dans le Gers devra être confirmée par une autopsie.