Les autorités albanaises ont eu recours à des moyens de dispersion lourds jeudi pour mettre fin à un rassemblement devant le Parlement à Tirana. La police a déployé des gaz lacrymogènes et des canons à eau face à des manifestants qui, selon le ministère de l'Intérieur, jetaient des œufs, des pierres et divers projectiles. Au moins dix-huit personnes ont été placées en garde à vue, tandis que douze agents ont été blessés, ont indiqué les forces de l'ordre.

Le ministre de l'Intérieur, Besfort Lamallari, a condamné « les actes de vandalisme et la violence criminelle » dirigés contre les policiers. De leur côté, les manifestants reprochent au gouvernement d'ignorer leurs préoccupations. Une participante, Agustela Thoma, a estimé que les protestataires voulaient que leur voix soit entendue au sein du Parlement, le Premier ministre les ayant selon elle ignorés durant de nombreux jours.

Ce mouvement, baptisé « révolution des flamants roses », a émergé d'une opposition environnementale à un vaste complexe hôtelier prévu dans la zone écologiquement protégée de Zvernec, sur la côte sud du pays. Les opposants craignent que le projet, soutenu par Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump, ne détruise un habitat crucial pour les flamants roses. Des barbelés et des bulldozers sont apparus sur la plage au début de l'année, relançant les protestations.

Un projet au cœur de la contestation

Le complexe Sazan Island Resort, surnommé localement « l'île de Kushner », a été dévoilé en 2024. Il prévoit la construction de villas de luxe, d'un hôtel et d'infrastructures touristiques sur une île et sur le littoral. Les défenseurs de l'environnement dénoncent un aménagement qui menacerait la lagune protégée, site de reproduction de nombreuses espèces d'oiseaux.

Les manifestations, devenues quasi-quotidiennes ces dernières semaines, ont pris une ampleur politique. Ce qui était au départ un mouvement écologiste s'est transformé en une contestation plus large du gouvernement, accusé de favoriser des intérêts étrangers au détriment de l'environnement et de l'avis de la population.

Des affrontements d'une rare intensité

Jeudi, pour la première fois depuis le début de la mobilisation, la police a utilisé des canons à eau et des grenades lacrymogènes pour faire reculer la foule massée devant le bâtiment du Parlement. Les manifestants ont répliqué par des jets de projectiles. Aucun bilan définitif des blessés côté manifestants n'a été communiqué dans l'immédiat. Cet usage de la force marque une escalade dans un conflit qui oppose depuis des mois les défenseurs de l'environnement au gouvernement.