L'Union européenne a officiellement averti l'Albanie que son projet de construction d'un complexe hôtelier de luxe sur la lagune protégée de Vjosa-Narta, porté par une société liée à Jared Kushner, compromet ses chances d'adhésion au bloc communautaire. Cet avertissement, rendu public dans les dernières heures, intervient alors que le mouvement de contestation populaire surnommé « révolution des flamants roses » s'intensifie à travers le pays.

Une mise en garde inédite de Bruxelles

Dans un communiqué dont la teneur a été confirmée par des responsables européens, la Commission a jugé que le projet autorisé par le gouvernement d'Edi Rama « contrevient aux engagements environnementaux pris par l'Albanie dans le cadre du processus d'intégration ». Bruxelles souligne que la zone humide de Vjosa-Narta, située près de la ville de Zvërnec, est classée comme site d'importance internationale pour les oiseaux migrateurs, abritant notamment des colonies de flamants roses, emblème de la contestation. Selon des sources diplomatiques, la poursuite des travaux pourrait entraîner une suspension des chapitres de négociation relatifs à l'environnement et au développement durable.

Une contestation qui s'étend

Sur le terrain, le mouvement de protestation ne faiblit pas. Depuis plusieurs semaines, des milliers d'Albanais défilent dans les rues de Tirana et devant le chantier de la lagune pour réclamer l'abandon du projet et la démission du Premier ministre. Les manifestants, souvent vêtus de rose en référence aux flamants menacés, accusent le gouvernement de brader le patrimoine naturel du pays pour des intérêts étrangers. « Nous ne laisserons pas nos zones humides se transformer en piscines pour milliardaires », a déclaré un porte-parole du collectif citoyen à l'origine de la mobilisation. La « révolution des flamants roses » a déjà rassemblé, selon les organisateurs, jusqu'à plusieurs dizaines de milliers de personnes lors de rassemblements récents.

Le projet Kushner-Rama au cœur de la polémique

Le complexe contesté, porté par une société contrôlée par Jared Kushner (gendre de l'ancien président américain Donald Trump) et son épouse Ivanka Trump, prévoit la construction d'un hôtel de luxe, de villas et d'un terrain de golf sur une bande de terre au sein de l'aire protégée. Le gouvernement albanais a accordé les permis nécessaires en accéléré, suscitant des critiques tant sur le plan national qu'international. Edi Rama a défendu le projet en invoquant la création d'emplois et le développement touristique, mais les associations écologistes dénoncent une « bétonisation sauvage » du littoral.

Un bras de fer diplomatique

La mise en garde de l'UE place Tirana dans une position délicate. L'Albanie a officiellement obtenu le statut de pays candidat à l'adhésion en 2014 et espérait ouvrir les premiers chapitres de négociation dans l'année. La Commission européenne a déjà exprimé à plusieurs reprises ses réserves sur le non-respect de certaines directives environnementales par les autorités albanaises. La question du complexe Kushner est désormais devenue un point de blocage symbolique. Bruxelles insiste pour que Tirana « respecte ses propres lois et les conventions internationales qu'elle a signées ».

Alors que la pression monte, le gouvernement albanais n'a pour l'heure pas réagi officiellement à la dernière déclaration de l'UE. Mais le chef de l'exécutif, Edi Rama, avait précédemment réaffirmé sa détermination à mener le projet à son terme, affirmant que les manifestants ne représentent qu'une minorité et que les investissements étrangers sont essentiels à l'économie albanaise.