Les pays européens ont révisé leur appréciation du dossier du détroit d'Ormuz. Alors qu'ils s'opposaient jusqu'ici fermement à toute forme de péage maritime dans cette voie d'eau stratégique, ils considèrent désormais que l'instauration de droits de passage est inévitable. Ce revirement intervient alors que les initiatives se multiplient dans la région pour réguler le transit pétrolier et gazier.
Un contexte de tensions croissantes Depuis plusieurs semaines, Téhéran a officialisé un projet de facturation des navires traversant le détroit, invoquant des frais de service pour la sécurité et l'assistance. Cette annonce a suscité une vive opposition de la part de Washington, qui a exclu tout paiement et qualifié ces prétentions d'« inacceptables ». En parallèle, Oman a soumis une contre-proposition visant à instaurer un péage géré conjointement, une idée qui a reçu un accueil mitigé de la part de l'Iran.
Les États-Unis ont clairement signifié qu'ils ne toléreraient aucun droit de passage imposé par Téhéran, et des exercices militaires ont été menés dans la zone pour dissuader toute tentative de blocage. Toutefois, la position des Européens, longtemps alignée sur celle de Washington, semble aujourd'hui évoluer face à la persistance des revendications iraniennes et à la nécessité de garantir la fluidité des approvisionnements énergétiques.
Un réalisme pragmatique Plusieurs facteurs expliquent ce changement d'attitude. D'une part, l'Union européenne dépend fortement des hydrocarbures transitant par Ormuz, et tout conflit prolongé aurait des conséquences économiques désastreuses. D'autre part, les discussions menées par Oman offrent une voie diplomatique que les Européens jugent préférable à une confrontation directe. Selon des diplomates, certaines capitales commencent à accepter l'idée que des frais de passage, s'ils sont encadrés et négociés, pourraient garantir une stabilité à long terme.
Washington, de son côté, maintient sa position d'opposition catégorique. Des responsables américains ont réaffirmé que le droit de passage international ne saurait faire l'objet d'une monétisation unilatérale. Toutefois, la nouvelle donne européenne pourrait fragiliser le front commun et pousser les États-Unis à ajuster leur stratégie.
Quelles suites possibles ? La proposition omanaise, qui prévoit la création d'une entité de gestion des péages sous supervision internationale, est actuellement examinée par plusieurs parties. L'Iran n'en a pas encore accepté les termes, mais des négociations bilatérales sont en cours. Les Européens, en reconnaissant l'inéluctabilité du principe, pourraient jouer un rôle de médiation et encourager un compromis.
Cette évolution intervient alors que Téhéran a réaffirmé son autorité sur le détroit, allant jusqu'à menacer de bloquer les navires non enregistrés. Le Corps des Gardiens de la révolution a multiplié les mises en garde, tandis que l'ONU a procédé à l'évacuation de milliers de marins dans le golfe par mesure de précaution. Dans ce climat tendu, la reconnaissance par les Européens de la quasi-inéluctabilité d'un péage pourrait constituer une première étape vers une solution négociée, bien que des obstacles majeurs subsistent.