L'entreprise SpaceX, fondée par Elon Musk, fait son entrée en Bourse ce vendredi. L'introduction en Bourse, la plus importante de l'histoire, a été fixée à 135 dollars par action, ce qui valorise la société spatiale à environ 1 800 milliards de dollars. Cette levée de fonds record de 75 milliards de dollars dépasse celle de Saudi Aramco, qui avait levé 1 700 milliards de dollars en 2019.
Le succès de l'opération est indéniable : l'introduction en Bourse est largement sursouscrite, avec des ordres d'achat atteignant 70 milliards de dollars de la part des investisseurs particuliers. SpaceX a réservé 20 % des actions à cette catégorie d'investisseurs, une proportion inhabituellement élevée qui témoigne de l'engouement suscité par le titre.
Des inquiétudes sur la valorisation
Cependant, cette valorisation record est critiquée par certains analystes. La société MorningStar, par exemple, estime la valeur de l'action à 63 dollars, soit une décote de 53 % par rapport au prix d'introduction. Les doutes portent également sur la gouvernance de l'entreprise, Elon Musk conservant un contrôle important via une structure d'actionnariat spécifique.
Le trésorier de l'État de Caroline du Nord, Brad Briner, a annoncé que le fonds de pension de l'État pour les enseignants, les pompiers et les policiers n'achèterait pas de participation directe dans SpaceX, le jugeant trop cher. Il a précisé que le fonds investirait indirectement via les fonds indiciels qu'il détient déjà, qui intégreront SpaceX une fois que l'action sera ajoutée aux indices boursiers.
L'impact sur les fonds de pension
Cette annonce souligne un enjeu majeur de cette introduction : l'intégration rapide de SpaceX dans les indices boursiers Nasdaq-100 et S&P 500. Grâce à un changement de règle opéré par le Nasdaq en mai, SpaceX pourrait être intégré à l'indice après seulement 15 jours de cotation, ce qui obligerait les fonds indiciels à acheter massivement l'action, même s'ils la jugent surévaluée.
« Ils sont contractuellement obligés de suivre l'indice, ils ne peuvent pas simplement choisir de ne pas acheter SpaceX », explique Colin Clark, conseiller principal en analytique chez Northwestern Mutual. « Si le Nasdaq modifie les règles pour permettre une entrée plus rapide, cela pourrait être très problématique pour les investisseurs passifs. »
Aleksander Tomic, doyen associé de Boston College, renchérit : « Les fonds indiciels sont tenus d'acheter les actions qui composent l'indice au prorata de leur poids. Ils seront donc contraints d'acheter SpaceX immédiatement, ce qui pourrait être très indésirable. »
Cette situation a été comparée à celle de Saudi Aramco, qui n'avait pas été intégrée aux indices en raison de son statut de société d'État. SpaceX, étant une société privée jusqu'à ce jour, ne posait pas ce problème.
Un précédent pour OpenAI et Anthropic
L'introduction en Bourse de SpaceX ouvre la voie à d'autres entreprises technologiques de très grande taille. OpenAI et Anthropic, deux leaders de l'intelligence artificielle, ont déjà déposé confidentiellement leur dossier d'introduction en Bourse, avec des valorisations attendues autour de 1 000 milliards de dollars. Les changements de règles du Nasdaq pourraient leur permettre d'intégrer rapidement les indices, suscitant les mêmes interrogations sur la protection des investisseurs passifs.
SpaceX, de son côté, continue de susciter l'enthousiasme des investisseurs particuliers, attirés par la promesse de la conquête spatiale et des technologies de l'entreprise. Reste à savoir si cette ferveur initiale se maintiendra une fois que l'action sera cotée et soumise aux fluctuations du marché.