Au lendemain de la mise en examen de Patrick Bruel pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel, le ton est donné par l'une des avocates des parties civiles. Me Sophie Jacquin, qui représente deux des treize femmes ayant déposé plainte contre le chanteur, a livré son analyse de la procédure en cours dans un entretien accordé ce mercredi 10 juin. Elle pointe un « déni total » de la part de l'artiste, un comportement qu'elle qualifie, sans équivoque, de « règle » chez les personnes accusées de tels faits.

« C'est systématique » : le déni comme mécanisme de défense

« C'est une règle quasi immuable chez les agresseurs », a déclaré Me Jacquin, en réaction aux déclarations de Patrick Bruel qui a nié l'ensemble des accusations portées contre lui lors de sa garde à vue. « Ce déni est total. Il est exactement dans la posture qu'on attend d'un homme qui nie sa propre violence », a-t-elle ajouté, dressant un parallèle avec d'autres affaires judiciaires de même nature. Pour l'avocate, ce mécanisme de défense est une « constante » observée dans les dossiers de violences sexuelles, où la confrontation avec les faits est souvent impossible pour l'accusé.

Des faits sur une longue période et un nombre de plaignantes en hausse

L'affaire, qui a éclaté au grand jour au début du mois de juin, a pris une ampleur considérable en quelques jours. Alors que le nombre de plaignantes est désormais fixé à treize, Me Jacquin a indiqué que d'autres femmes pourraient encore se manifester. « La parole se libère, c'est un processus rare et précieux. Beaucoup ont besoin de temps pour franchir le pas », a-t-elle expliqué, sans confirmer ni infirmer l'existence de nouveaux témoignages à ce stade. Les faits reprochés à Patrick Bruel, qui s'étendraient sur une période allant des années 1990 à 2024, ont été jugés suffisamment graves par le parquet pour requérir, initialement, le placement en détention provisoire de l'artiste. Le juge des libertés et de la détention en a toutefois décidé autrement, le plaçant sous contrôle judiciaire.

Le placement sous contrôle judiciaire contesté

Cette décision n'a pas manqué de susciter la réaction des parties civiles. Me Jacquin a exprimé sa « stupéfaction » face à cette issue, tout en rappelant son respect pour l'indépendance de la magistrature. « Il n'y a pas de petite mesure », a-t-elle toutefois relativisé, précisant que le contrôle judiciaire imposait des obligations strictes à l'artiste, parmi lesquelles l'interdiction d'entrer en contact avec les plaignantes et de paraître aux abords de leurs domiciles. « Mais évidemment, nous aurions préféré qu'il soit placé en détention », a-t-elle nuancé, soulignant que la présomption d'innocence ne devait pas occulter la réalité des souffrances des victimes.

Un appel à la libération de la parole

Au-delà de la procédure judiciaire, l'avocate a tenu à saluer le courage des femmes qui ont porté plainte. « C'est une étape décisive pour elles, mais aussi pour toutes les victimes qui hésitent encore à parler », a-t-elle affirmé. Elle a également souligné le rôle des associations et du mouvement #MeToo, qui ont permis une prise de conscience collective et une évolution de la société sur ces questions. « Le chemin est encore long, mais il est en marche. »

La suite de la procédure

Patrick Bruel, mis en examen, reste présumé innocent des faits qui lui sont reprochés. L'instruction se poursuit sous la direction d'un juge d'instruction. Le chanteur, qui a annoncé la suspension de sa tournée estivale et son retrait de la troupe des Enfoirés, devra se conformer aux obligations de son contrôle judiciaire. La prochaine audience, qui pourrait acter la confrontation entre l'artiste et les plaignantes, n'est pas encore programmée.