Le parquet de Nanterre a pris position. Ce mercredi 10 juin, à l’issue de deux jours de garde à vue, il a requis la mise en examen de Patrick Bruel pour plusieurs infractions de nature sexuelle, ainsi que son placement en détention provisoire. Le chanteur, âgé de 67 ans, doit être déféré dans la journée devant trois magistrats instructeurs.

Dans un communiqué officiel, le ministère public a détaillé les charges envisagées : « Des faits de viols, tentatives de viols, agressions sexuelles et harcèlement sexuel concernant 9 victimes, commis entre 2010 et 2019. » Le parquet a listé des agissements présumés survenus dans plusieurs lieux et à différentes périodes. Parmi eux figurent deux tentatives de viol en 2010 à Bruxelles et à Neuilly-sur-Seine, trois viols en 2012 à Dinard, en 2015 à L’Isle-sur-la-Sorgue, ainsi qu’un autre viol non localisé avec précision dans le temps. La qualification de harcèlement sexuel est également retenue pour des faits commis en 2019.

La demande d’incarcération a été immédiatement saluée par les parties civiles. Carine Durrieu Diebolt, avocate de l’une des plaignantes, a réagi en direct à cette annonce en déclarant : « Enfin, c’est un signal fort. » Elle a estimé que cette réquisition marquait un tournant dans la procédure.

Une procédure en plusieurs étapes

Patrick Bruel avait été placé en garde à vue le lundi 8 juin dans les locaux de la police judiciaire des Hauts-de-Seine. Cette mesure avait été prolongée de vingt-quatre heures le mardi 9 juin, avant d’aboutir à la présentation à un juge prévue ce mercredi. Selon les informations communiquées par le parquet, les investigations menées jusqu’ici ont permis d’identifier treize victimes présumées, bien que seules neuf d’entre elles soient directement visées par les réquisitions actuelles.

L’artiste avait déjà été contraint de suspendre sa tournée estivale et de se retirer de la troupe des Enfoirés, à la suite des premières révélations et des plaintes déposées à son encontre. L’affaire avait éclaté au grand public après une série de témoignages de journalistes décrivant un « climat de crainte » et des consignes éditoriales visant à étouffer les accusations.

Des réactions contrastées

Plusieurs personnalités et collectifs ont réagi à la mesure de garde à vue et aux réquisitions. Flavie Flament, figure de la lutte contre les violences sexuelles, avait salué une « première étape ». De son côté, Andréa Bescond, comédienne et militante, a appelé à libérer la parole des victimes. Le collectif Nous Toutes a également exprimé son soutien aux plaignantes.

L’audience devant les juges d’instruction doit désormais décider de la suite de la procédure. La décision finale sur la mise en examen et le placement en détention provisoire revient aux magistrats, qui peuvent suivre ou non les réquisitions du parquet. Patrick Bruel, représenté par ses avocats, conteste les accusations portées contre lui.

Un dossier en constante évolution

L’affaire a connu une progression rapide en l’espace de quelques jours. Alors que huit plaintes avaient initialement été recensées, deux nouvelles plaintes pour viol ont été déposées, portant le nombre total de victimes identifiées à treize. L’enquête, confiée à la police judiciaire, continue d’explorer d’éventuels autres témoignages ou signalements.

Les faits poursuivis s’étalent sur près d’une décennie et concernent des lieux variés, principalement en France et en Belgique. La durée de la garde à vue — 48 heures — et la demande d’incarcération immédiate témoignent de la gravité des charges retenues par le parquet.

Dans les heures à venir, la décision des juges d’instruction sera déterminante pour la suite de la procédure judiciaire. En attendant, le chanteur reste à la disposition de la justice.