Au lendemain de la mise en examen de Patrick Bruel pour des faits de viol et d'agressions sexuelles, l'avocate de plusieurs plaignantes a salué une décision judiciaire qu'elle qualifie de « pas immense ». Me Rachel-Flore Pardo a également annoncé que de nouvelles plaintes pour viol allaient être déposées, élargissant encore le périmètre des accusations portées contre l'artiste.
Le chanteur a été mis en examen mercredi 10 juin par quatre juges d'instruction du tribunal de Nanterre, après plus de trois heures d'audition. Il est également placé sous le statut de témoin assisté pour quatre autres faits présumés. À l'issue de cette procédure, un juge des libertés et de la détention a imposé à Patrick Bruel un contrôle judiciaire assorti d'obligations strictes, dont une caution de 500 000 euros et l'interdiction de se rendre dans des salons de massage ou d'établissements similaires. Il lui est aussi interdit d'entrer en contact avec les plaignantes ainsi qu'avec certaines personnes citées dans la procédure.
Réaction de l'avocate
Interrogée après la décision du juge, Me Pardo a estimé que la mise en examen constituait une étape majeure pour ses clientes. « C'est un pas immense, un pas de géant », a-t-elle déclaré, saluant la reconnaissance judiciaire des faits dénoncés. Elle a toutefois précisé que le combat judiciaire était loin d'être achevé, annonçant le dépôt de nouvelles plaintes pour viol. « D'autres femmes se sont manifestées et nous allons les accompagner dans cette procédure », a-t-elle ajouté, sans donner davantage de détails sur le nombre de nouvelles plaignantes ou la nature exacte des faits visés.
Un contrôle judiciaire contesté
Si l'avocate des parties civiles s'est réjouie de la mise en examen, elle a en revanche exprimé des réserves sur les conditions du contrôle judiciaire. Le placement sous ce régime, plutôt que la détention provisoire initialement requise par le parquet, a suscité des interrogations. Le parquet de Nanterre avait en effet demandé l'incarcération de l'artiste, estimant que les faits reprochés et le risque de pressions sur les victimes justifiaient un emprisonnement. Le juge des libertés a toutefois opté pour un encadrement strict mais non carcéral, une décision que Me Pardo a jugée « insuffisante » au regard de la gravité des accusations. « Nous aurions souhaité une mesure plus coercitive pour garantir la sérénité de l'enquête et protéger les victimes », a-t-elle confié.
Nouvelles plaintes et élargissement du dossier
L'annonce de nouvelles plaintes pour viol intervient alors que le dossier compte déjà treize victimes présumées, selon les informations recueillies auprès des sources judiciaires. Les faits dénoncés couvrent une période allant de 1995 à 2023 et impliqueraient des agressions commises dans différents contextes, notamment lors de tournées ou de rendez-vous professionnels. L'enquête, ouverte par le parquet de Nanterre, avait été confiée à la brigade de protection des mineurs et à la direction régionale de la police judiciaire. Plusieurs perquisitions avaient été menées au domicile et dans les locaux professionnels de l'artiste.
La défense conteste les accusations
Patrick Bruel a nié l'ensemble des faits qui lui sont reprochés lors de son interrogatoire, selon des sources proches du dossier. Son avocat, Me Pierre-Olivier Sur, a qualifié les accusations de « mensongères » et a dénoncé une « instrumentalisation judiciaire » visant à nuire à la réputation de son client. Il a également annoncé son intention de contester les conditions de la mise en examen et du contrôle judiciaire, estimant que les charges retenues ne justifiaient pas de telles mesures.
Un retrait de la scène publique
Depuis l'émergence des premières accusations en mai dernier, Patrick Bruel a suspendu sa tournée estivale et s'est retiré du collectif des Enfoirés. Ses avocats ont indiqué qu'il se consacrait désormais à sa défense et qu'il entendait prouver son innocence. L'affaire, qui a mobilisé une attention médiatique considérable, a également relancé le débat sur les violences sexuelles dans le milieu du spectacle et sur la protection des victimes.
Prochaines étapes judiciaires
La procédure suit désormais son cours devant les juges d'instruction. Les auditions des témoins et des experts, ainsi que les confrontations, devraient se dérouler dans les mois à venir. Les nouvelles plaintes annoncées par Me Pardo seront intégrées au dossier, ce qui pourrait élargir encore le nombre de faits examinés. Le calendrier judiciaire reste pour l'heure incertain, mais les parties civiles espèrent que l'enquête aboutira à un renvoi devant une cour d'assises.