La justice albanaise a ordonné la libération de 19 manifestants arrêtés lors d'une récente manifestation contre un projet de complexe touristique de luxe lié à Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump. La décision a été rendue publique dimanche 5 juillet par le tribunal de la capitale Tirana.
Selon l'avocat des manifestants, Dorian Matlija, deux des personnes libérées seront placées en résidence surveillée, tandis que douze autres devront se présenter une ou deux fois par mois devant la police judiciaire. Les cinq derniers ne feront l'objet d'aucune poursuite. Les 19 prévenus étaient poursuivis pour « refus d'obéir aux ordres de la police, organisation de manifestations illégales et trouble à l'ordre public », a précisé Me Matlija.
Une foule en liesse devant le palais de justice
Une centaine de sympathisants rassemblés devant le tribunal ont accueilli la décision en scandant « Libérez les garçons ». Leur joie marque une accalmie après plusieurs semaines de tensions.
Ces arrestations remontent à la journée de jeudi 2 juillet, lorsque des heurts violents ont éclaté entre forces de l'ordre et manifestants devant le Parlement albanais. La police avait alors utilisé des gaz lacrymogènes, du gaz poivre et des canons à eau pour disperser la foule. Selon un bilan officiel, quinze policiers ont été blessés et 25 manifestants interpellés ce jour-là.
Un mouvement protéiforme
Les manifestations, qui ont débuté en mai, visent initialement la construction d'un complexe hôtelier de luxe dans une zone naturelle protégée du sud de l'Albanie, un projet porté par la société de Jared Kushner. L'apparition de clôtures en fil barbelé et de bulldozers fin mai a ravivé la colère des habitants et des militants écologistes. Le mouvement s'est rapidement étendu pour embrasser des revendications plus larges : dénonciation de la corruption et appel à la démission du Premier ministre Edi Rama, souvent hué sous les cris de « Nouvelle Albanie ».
Le samedi 4 juillet, des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues de Tirana pour la plus grande mobilisation depuis le début du mouvement, réclamant à nouveau « la libération des garçons » et le départ du chef du gouvernement.
Un projet controversé
Le projet Kushner, dévoilé en 2024, prévoit l'édification d'un complexe touristique haut de gamme sur la lagune de Vjosa-Narta, une zone classée protégée pour sa biodiversité. Les opposants dénoncent un « bétonnage » du littoral et un conflit d'intérêts, en raison des liens familiaux de Jared Kushner avec la Maison-Blanche. Le Premier ministre Rama a jusqu'ici maintenu son soutien au projet, le présentant comme un levier de développement économique.
La décision du tribunal de Tirana pourrait temporairement apaiser les tensions, mais le mouvement ne semble pas près de s'éteindre, porté par un profond ressentiment envers la classe politique et un sentiment d'urgence écologique.