À quelques jours de son entrée en fonction, le leader travailliste Andy Burnham a annoncé l'abandon pur et simple du projet d'identité numérique (digital ID) pour l'ensemble des adultes britanniques. Cette décision, officialisée par son bureau, marque un changement de cap significatif par rapport à la politique menée par Sir Keir Starmer, qui avait lui-même déjà assoupli le dispositif initial.
Le plan, dévoilé par Starmer lors de la conférence du parti l'année précédente, visait à lutter contre l'immigration irrégulière et à moderniser l'administration en facilitant l'accès aux services publics. Toutefois, l'initiative s'était heurtée à une forte opposition : près de trois millions de personnes avaient signé une pétition parlementaire contre le principe d'une carte d'identité obligatoire. Face à ce tollé, le gouvernement sortant avait déjà reculé en janvier dernier, optant pour un système volontaire supervisé par le ministre du Cabinet Office, Darren Jones, qui devait permettre aux citoyens de gérer leurs démarches administratives via une application unique.
Désormais, c'est une suppression totale qui est actée. Le porte-parole de M. Burnham a justifié cette orientation en affirmant que « le temps et les ressources qui devaient être consacrés à un programme national d'identification iront là où ils sont le plus nécessaires, notamment pour aider à faire face au coût de la vie ». L'équipe du futur chef du gouvernement estime que ce recentrage des priorités illustre une « nouvelle direction visant à améliorer la vie quotidienne et à renforcer les économies locales, plutôt que de lancer des programmes gouvernementaux nationaux onéreux ».
Un contexte budgétaire tendu
Cette annonce intervient alors que les finances publiques demeurent sous pression. L'Office for Budget Responsibility (OBR) avait évalué le coût du programme à 1,8 milliard de livres sterling sur trois ans, un montant que Downing Street avait contesté. La décision de M. Burnham de réaffecter ces fonds devrait envoyer un signal fort sur sa volonté de prioriser les dépenses sociales et de soutien au pouvoir d'achat.
La députée libérale-démocrate Lisa Smart a salué cette décision, affirmant que les citoyens seraient « extrêmement soulagés de savoir qu'ils ne seront plus contraints de remettre leurs données simplement pour vaquer à leurs occupations quotidiennes ». Elle a ajouté que « les sommes obscènes prévues pour l'identité numérique auraient constitué un énorme gaspillage de l'argent des contribuables ».
Les premiers défis d'un nouveau mandat
L'abandon du projet d'identité numérique constitue le premier engagement politique majeur de M. Burnham depuis qu'il a remporté la direction du Labour et qu'il s'apprête à devenir Premier ministre. Sa prise de fonction, prévue pour le lundi 20 juillet après un entretien avec le roi Charles III, s'annonce sous le signe de nombreux défis. Outre la question du coût de la vie, il devra faire face à une économie atone, à des coûts d'emprunt élevés pour l'État et à la pression migratoire qui alimente la montée du parti Reform UK.
Dans son premier discours en tant que leader du Labour, M. Burnham s'est positionné comme un homme d'affaires et a promis de stimuler la construction de logements sociaux et d'injecter des ressources dans les soins sociaux. Il a également plaidé pour un changement de cap vers davantage de dévolution, en annonçant un « No 10 North » à Manchester.
Des interrogations sur la crédibilité économique
Cependant, les marchés financiers et une partie de la classe politique restent sur leurs gardes. La promesse de flexibiliser les règles budgétaires pour financer ses projets et l'évocation d'une scission du Trésor ont suscité des inquiétudes parmi les milieux d'affaires. La chancelière de l'Échiquier, Rachel Reeves, aurait notamment mis en garde le nouveau leader contre l'absence d'un plan solide pour garantir la stabilité économique.
Par ailleurs, la nomination de son équipe et le choix de son chancelier continuent de diviser au sein du parti, tandis que les dirigeants des nations dévolues (Écosse, Pays de Galles, Irlande du Nord) jugent encore insuffisantes les promesses de transfert de pouvoirs. À l'international, le nouveau Premier ministre devra également se faire connaître : le président américain Donald Trump a récemment déclaré ne pas le connaître, le qualifiant de « maire d'une petite ville ».