Andy Burnham a marqué ses premières vingt-quatre heures au 10 Downing Street par une série de décisions spectaculaires, mêlant limogeages au sein du gouvernement, nominations inattendues et annonces de politique économique. Le nouveau Premier ministre a notamment rappelé au cabinet John Healey, ancien ministre de la Défense dont la démission avait fragilisé la position de son prédécesseur, pour occuper le poste crucial de chancelier de l'Échiquier.
Cette nomination a pris de court tant les collègues du nouveau locataire de Downing Street que l'opinion publique britannique. John Healey, aperçu quittant le Parlement par une issue discrète pour se rendre à son rendez-vous à Downing Street, avait affaibli l'autorité de Keir Starmer cinq semaines plus tôt en quittant le gouvernement sur un désaccord budgétaire concernant les dépenses militaires. Son retour au sein de l'exécutif est perçu comme une récompense pour ceux qui ont accéléré l'arrivée au pouvoir d'Andy Burnham.
Une épuration ciblée des soutiens de Starmer
Peu après son entrée en fonction, Andy Burnham a téléphoné à plusieurs proches de son prédécesseur pour leur signifier leur renvoi du cabinet. Cette épuration, qualifiée de nécessaire par certains observateurs, s'accompagne de la nomination de figures ayant également claqué la porte sous la précédente administration. Wes Streeting, nouveau secrétaire à la Défense, et Miatta Fahnbulleh, nommée secrétaire à l'Énergie, avaient eux aussi contribué, par leur départ, à précipiter la chute de Keir Starmer.
Si la stratégie de Burnham vise à s'entourer de personnalités compétentes pour des portefeuilles exigeants, elle suscite des tensions au sein du parti travailliste. Anneliese Midgeley, proche alliée du Premier ministre, a pour tâche délicate de maintenir la loyauté des députés, y compris ceux qui viennent d'être exclus du gouvernement. Un premier accroc est déjà apparu : Darren Jones, ancien secrétaire en chef auprès du Premier ministre, a publiquement critiqué la politique du nouveau gouvernement sur les factures d'énergie.
Des nominations qui rassurent au ministère de la Défense
L'accession de John Healey au Trésor est accueillie favorablement par les hauts responsables du ministère de la Défense, soulagés de voir à la tête des finances publiques un ministre engagé en faveur d'une hausse des crédits militaires. « C'est formidable pour nous », a confié une source interne, tout en ajoutant un bémol : « nous redoutions son retour » au ministère, le qualifiant de « personne difficile ». Du côté des conservateurs, certains jugent le choix de Healey « habile », estimant qu'il est difficile à attaquer et qu'il maîtrise les arcanes du Trésor, où il a exercé comme ministre durant cinq ans sous Tony Blair.
Un rythme effréné et des spéculations sur une élection anticipée
Dans le même temps, le gouvernement a annoncé une baisse de la TVA sur les factures d'énergie, une mesure soutenue par l'opposition conservatrice mais dont le financement reste interrogé. Ce flot d'annonces témoigne de la volonté du nouveau locataire de Downing Street de gouverner à un rythme soutenu.
Dans les couloirs de Westminster, la possibilité qu'Andy Burnham profite d'une éventuelle embellie dans les sondages pour déclencher des élections générales anticipées est évoquée avec insistance. Le chef du parti Reform UK, Nigel Farage, réclame lui-même un scrutin, arguant que Burnham ne dispose d'aucun mandat. Cependant, certains au sein de son parti redoutent qu'une élection précipitée ne nuise à ses propres ambitions, alors qu'il fait face à une élection partielle et à des interrogations sur ses finances. « Nous sommes vraiment inquiets d'une élection surprise », a confié une source proche de Reform, non sans ironie, « c'est pourquoi nous réclamons une élection surprise ».
Des tensions latentes au sein du parti travailliste
Un député travailliste, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a estimé que les limogeages opérés par Burnham pouvaient s'expliquer de trois manières : certains ministres ont été écartés pour des raisons idéologiques, d'autres en raison de leur manque de compétences, et enfin quelques-uns parce qu'ils étaient impopulaires au sein du groupe parlementaire. Cette analyse suggère que la cohésion de la majorité pourrait être mise à l'épreuve dans les semaines à venir.