L’annonce de la disparition de Bernadette Chirac, survenue le 5 juin, a provoqué une pluie de réactions dans la classe politique française. L’ancienne première dame, veuve de Jacques Chirac, s’est éteinte paisiblement, entourée des siens, à l’âge de 93 ans. Les figures de tous bords ont tenu à rendre hommage à celle qui aura marqué la vie politique et caritative du pays.
Le chef de l’État, Emmanuel Macron, a salué en elle « une grande dame de cœur » qui « a changé tant de vies ». Il a souligné son action au service des plus fragiles, notamment à travers l’opération Pièces jaunes, dont elle fut le visage emblématique pendant un quart de siècle. Bruno Retailleau, figure de la droite, a regretté que « la France perde une femme d’exception », évoquant un « soutien et un appui sans faille pour Jacques Chirac ». D’autres voix politiques ont également exprimé leur tristesse, qualifiant l’ancienne première dame de « généreuse » et saluant son parcours hors du commun.
Une vie au service de la politique et du devoir
Née Bernadette Chodron de Courcel le 18 mai 1933 à Paris, au sein d’une famille de l’aristocratie catholique, elle rencontre Jacques Chirac sur les bancs de Sciences Po en 1951. Leur mariage est célébré le 16 mars 1956. Le couple donne naissance à deux filles, Laurence (1958-2016) et Claude (1962). L’épouse, d’abord réservée, se mue progressivement en une actrice politique à part entière. « Je me suis sentie obligée de m’accrocher comme une moule à son rocher », confiait-elle en 2003, expliquant sa décision d’accompagner coûte que coûte l’ascension de son mari.
Cette loyauté se double très vite d’une influence réelle. Élue conseillère municipale de Sarran (Corrèze) dès 1971, puis conseillère générale de la Corrèze sans interruption de 1979 à 2015, Bernadette Chirac s’impose comme une élue locale appréciée. C’est elle qui aurait anticipé la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002 et mis en garde son époux contre les risques de la dissolution de l’Assemblée nationale en 1997. Pendant les deux mandats présidentiels de Jacques Chirac (1995-2007), elle occupe le rôle de première dame avec une popularité durable, tout en continuant à siéger dans son département.
L’héritage des Pièces jaunes et de la générosité
Au-delà de la politique, Bernadette Chirac reste associée à l’opération Pièces jaunes, qu’elle préside à partir de 1994 et dont elle fait un succès national. Lancée en 1989 par le professeur Claude Griscelli, l’initiative vise à collecter des fonds pour améliorer le quotidien des enfants hospitalisés. Grâce à une médiatisation intensive et à des parrains célèbres (David Douillet, Lorie, Christian Karembeu), la campagne a recueilli plus de 116 millions d’euros et financé près de 9 800 projets depuis ses débuts. En 2019, Bernadette Chirac a passé le relais à Brigitte Macron, actuelle première dame.
Derniers hommages et retraite discrète
Progressivement retirée de la vie publique à partir de 2015, très affaiblie par la maladie, Bernadette Chirac n’était quasiment plus apparue en public après 2017. Le 28 janvier dernier, elle avait été élevée au grade d’officier de la Légion d’honneur par Emmanuel Macron. Sa disparition, annoncée par sa fille Claude, a suscité des hommages particuliers en Corrèze, département où elle avait ancré sa carrière d’élue. Les réactions politiques, d’une rare unanimité, témoignent de la place singulière qu’elle occupait dans le paysage français, entre devoir conjugal, engagement local et action caritative.