Moins de vingt-quatre heures après l'annonce du décès de Bernadette Chirac, survenu le 5 juin, les hommages se sont multipliés dans tout le spectre politique français. L'ancienne première dame, épouse du président Jacques Chirac, s'est éteinte paisiblement à l'âge de 93 ans, entourée des siens, selon les informations communiquées par sa fille Claude.
Le chef de l'État, Emmanuel Macron, a salué en elle « une grande dame de cœur », soulignant qu'« elle a changé tant de vies ». Dans un message diffusé peu après l'annonce, il a mis en avant l'engagement caritatif de Bernadette Chirac, notamment à travers l'opération Pièces jaunes, ainsi que son rôle politique aux côtés de son mari.
Le président du Sénat, Gérard Larcher, a également rendu hommage à celle qui fut, selon lui, « une femme d'exception », ajoutant que son « exigence et sa générosité ont marqué la vie politique et associative française ». Le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, a regretté que « la France perde une femme d'exception », évoquant un « soutien et un appui sans faille pour Jacques Chirac ».
Un parcours politique unique
Bernadette Chirac, née Chodron de Courcel le 18 mai 1933 à Paris, a été l'une des rares épouses de président à exercer elle-même un mandat électif. Élue conseillère municipale de Sarran (Corrèze) dès 1971, elle a conservé ce poste jusqu'en 2020. Parallèlement, elle a siégé au conseil général de Corrèze de 1979 à 2015, s'imposant comme une figure politique locale incontournable.
Sa clairvoyance politique est souvent saluée. Elle fut l'une des rares personnes de l'entourage présidentiel à anticiper la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle de 2002. Elle avait également mis en garde Jacques Chirac contre les risques de la dissolution de l'Assemblée nationale en 1997, une décision qui avait conduit à une cohabitation avec la gauche.
Le visage des Pièces jaunes
Si Bernadette Chirac a marqué la vie politique, elle est restée surtout populaire pour son engagement caritatif. Elle a présidé la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France pendant 25 ans, portant l'opération Pièces jaunes. Lancée en 1990 sur le modèle d'une initiative américaine, cette collecte a permis de récolter plus de 116 millions d'euros et de financer environ 9 800 projets destinés à améliorer le quotidien des enfants hospitalisés.
« Bernie », comme la surnommaient ses proches, avait su médiatiser l'opération en s'entourant de parrains célèbres, du judoka David Douillet à la chanteuse Lorie. En 2019, elle avait passé le relais à Brigitte Macron, l'actuelle première dame, qui a ensuite nommé le sélectionneur de l'équipe de France de football, Didier Deschamps, comme parrain de l'opération.
Une vie au service de l'autre
Au-delà de sa carrière publique, Bernadette Chirac était connue pour son caractère trempé. Alain Duhamel, observateur de la vie politique, a souligné qu'elle était « la Première dame qui a eu le plus de personnalité et d'influence politique ». Son parcours, de la rencontre sur les bancs de Sciences Po en 1951 jusqu'à la consécration élyséenne, illustre une loyauté sans faille. « Dès 1966, je me suis donné un mal fou pour l'aider à s'implanter dans sa circonscription », avait-elle confié au Nouvel Observateur en 2003.
Un dernier adieu
Dernièrement, le 28 janvier, Bernadette Chirac avait été élevée au rang d'officier de la Légion d'honneur par Emmanuel Macron, une distinction saluant l'ensemble d'une vie dédiée aux autres. Sa disparition, près de sept ans après celle de Jacques Chirac, survenue en 2019, referme un chapitre majeur de la Ve République.