Derrière l'image publique de l'épouse du président, il y a une mère confrontée à l'épreuve la plus douloureuse. Bernadette Chirac, décédée récemment, a vu sa vie personnelle marquée par la grave maladie de sa fille aînée, Laurence. Ce drame intime est devenu, selon plusieurs proches, le ressort caché de son infatigable engagement caritatif.
Laurence Chirac, une existence fracassée
Née en 1958, Laurence Chirac est l'aînée des deux filles du couple présidentiel. Dans sa jeunesse, elle montre des dispositions prometteuses : de bonnes études, une sensibilité artistique et une passion pour la littérature. Pourtant, à l'adolescence, des troubles du comportement alimentaire apparaissent. Les médecins diagnostiquent une anorexie mentale sévère, une pathologie qui ne quittera plus la jeune femme.
Son état se dégrade au fil des années. Laurence Chirac tente plusieurs fois de mettre fin à ses jours. Hospitalisée à plusieurs reprises, elle reste très fragile, malgré les soins constants. Des témoins de l'époque racontent que Jacques et Bernadette Chirac ont tout essayé, en France et à l'étranger, pour obtenir les meilleurs traitements. Mais la maladie s'avère résistante aux thérapies.
La naissance de la Fondation des Hôpitaux
Bernadette Chirac prend la présidence de la Fondation des Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France en 1994, bien avant l'élection de son mari à la présidence de la République. Ce choix n'a rien d'un hasard. Laurence Chirac, souvent hospitalisée, a fait découvrir à sa mère le quotidien des enfants malades et de leurs familles. Frappée par le manque de moyens et d'humanité dans les services pédiatriques, Bernadette Chirac décide de se consacrer à cette cause.
« La maladie de Laurence lui a ouvert les yeux sur la souffrance des autres », confie une ancienne collaboratrice. « Elle voyait dans chaque enfant hospitalisé un peu de sa propre fille. » Ce lien personnel donne à son action une authenticité rare.
L'opération Pièces Jaunes, un combat personnel
L'action la plus emblématique de Bernadette Chirac reste l'opération Pièces Jaunes, lancée en 1989 par la Fondation des Hôpitaux. Chaque année, cette collecte de dons permet d'améliorer les conditions d'hospitalisation des enfants et adolescents. Sous l'impulsion de la présidente, la campagne devient un rendez-vous national incontournable.
« Elle se rendait dans les hôpitaux avec une détermination inébranlable », raconte un médecin qui l'a accompagnée. « Elle connaissait les noms des enfants, s'inquiétait de leur santé. Ce n'était pas de la communication, c'était sincère. » Les fonds récoltés ont permis de financer plus de 10 000 projets, de la construction de maisons des parents à l'équipement de chambres modernisées.
Une discrétion absolue sur sa fille
Malgré son action publique, Bernadette Chirac a toujours refusé d'évoquer la maladie de Laurence dans les médias. « C'était sa douleur secrète », explique un journaliste qui l'a côtoyée. « Elle disait que sa fille avait droit à une vie privée, même si cette vie privée était douloureuse. »
Cette discrétion a parfois alimenté les rumeurs. Laurence Chirac, cloîtrée dans l'appartement familial de l'Île de la Cité puis dans une clinique spécialisée, n'a jamais fait de déclaration publique. Certains proches racontent que Bernadette Chirac lui rendait visite presque chaque jour, jusqu'à la fin de sa vie.
Un héritage durable
Laurence Chirac est décédée en avril 2016, à l'âge de 58 ans, dans la même clinique où elle était suivie depuis des décennies. Sa mère, alors âgée de 82 ans, a vécu ce nouveau deuil avec une dignité silencieuse. L'annonce officielle, sobre, évoquait « une longue maladie ».
Aujourd'hui, la Fondation des Hôpitaux poursuit son œuvre. Le nom de Bernadette Chirac reste associé à la cause des enfants hospitalisés. Catherine Deneuve, sa successeure à la tête de l'opération Pièces Jaunes, a salué « une femme qui a mis son cœur dans chaque action ». Et ceux qui l'ont connue répètent que sans l'épreuve de Laurence, l'épouse de Jacques Chirac n'aurait peut-être jamais révélé cette force intérieure.
Une mère, une combattante
Au-delà des hommages politiques, c'est bien le portrait d'une mère qui demeure. Bernadette Chirac, dans son dernier entretien accordé à une chaîne de télévision avant sa mort, avait confié que sa plus grande fierté n'était pas d'avoir été première dame, mais d'avoir « toujours été là pour ses enfants ». Une phrase qui résume, pour ses proches, toute la complexité d'une vie entre devoir public et souffrance privée.