Le détroit d'Ormuz, voie stratégique par laquelle transitaient quotidiennement entre 120 et 140 navires avant le conflit, reste largement désert depuis l'annonce, dimanche 15 juin, d'un accord préliminaire de cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran. Malgré les déclarations enthousiastes du président américain, les compagnies maritimes et les assureurs adoptent une attitude d'expectative, jugeant la situation encore trop instable pour reprendre leurs rotations.

Un trafic très réduit et des navires bloqués

Selon les données de surveillance maritime, seuls sept navires ont emprunté le détroit depuis l'annonce de l'accord. Parmi eux figurent plusieurs pétroliers transportant du pétrole brut iranien, qui ont franchi la ligne de blocus naval américain — une première depuis deux mois pour les exportations iraniennes. Parallèlement, plus de 550 bâtiments restent immobilisés de part et d'autre du passage, incapables de poursuivre leur route en raison des incertitudes sécuritaires.

Des positions contradictoires sur les modalités de transit

Le président Donald Trump a célébré l'accord avec un message sur son réseau social : « Navires du monde, allumez vos moteurs. Laissez le pétrole couler ! » affirmant que le détroit était « grand ouvert » au trafic international. Cependant, les autorités iraniennes ont rapidement apporté des précisions : tout transit doit être coordonné avec les Gardiens de la Révolution islamique et suivre une route proche des côtes iraniennes. Cette exigence complique la reprise d'un trafic normal, les compagnies redoutant des incidents en cas de non-respect des directives.

La prudence des assureurs et des armateurs

Les assureurs maritimes, qui conditionnent toute couverture à une évaluation des risques, refusent pour l'instant de garantir les traversées dans la zone. Ils souhaitent obtenir des engagements concrets sur la stabilité du cessez-le-feu et sur les mécanismes de protection des navires. De leur côté, les armateurs hésitent à exposer leurs équipages et leurs cargaisons, craignant aussi bien les mines éventuelles que les actions unilatérales des forces en présence. Cette frilosité explique en grande partie le faible nombre de passages observés.

Les conséquences pour le marché pétrolier

L'annonce de l'accord avait provoqué une chute des cours du pétrole, les marchés anticipant une reprise rapide des flux. Mais l'absence de reprise effective du trafic entretient une volatilité persistante. Avant le conflit, le détroit d'Ormuz voyait passer environ la moitié de sa centaine de navires quotidiens sous forme de pétroliers, transportant au total quelque 20 millions de barils. La fermeture du passage avait été l'un des facteurs majeurs de la pire crise énergétique de l'histoire moderne.

Des conditions iraniennes qui freinent la normalisation

Les cartes publiées par les Gardiens de la Révolution islamique délimitent les zones sous leur contrôle et les routes obligatoires pour les navires souhaitant traverser. Cette mainmise iranienne sur les modalités de transit est perçue comme un obstacle supplémentaire par les acteurs maritimes internationaux, habitués à une libre circulation régie par le droit de la mer. Téhéran justifie ces mesures par la nécessité d'assurer la sécurité dans un contexte encore tendu.

Une reprise progressive mais à long terme

Les experts estiment que le retour à un trafic normal dans le détroit d'Ormuz pourrait prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois, le temps que les belligérants fournissent des garanties écrites et que les assureurs ajustent leurs primes. En attendant, les compagnies maritimes continuent d'observer la situation à distance, et les ports de la région restent en partie paralysés. L'accord de cessez-le-feu, bien qu'important, n'a pas encore dissipé les craintes des professionnels du transport maritime.