L'annonce, dimanche 14 juin, d'un accord-cadre entre Washington et Téhéran visant à mettre fin aux hostilités dans le golfe Persique a été saluée comme une avancée majeure. Le texte prévoit la réouverture du détroit d'Ormuz sans péage, la levée du blocus naval américain des ports iraniens et l'autorisation pour l'Iran de reprendre ses exportations pétrolières dans le cadre d'un allègement limité des sanctions. L'accord, dont la signature est prévue vendredi en Suisse, prolonge également le cessez-le-feu actuel d'au moins 60 jours, tout en ouvrant la voie à des négociations plus larges sur le programme nucléaire iranien.
Pourtant, dans les milieux maritimes, l'optimisme est tempéré par une conscience aiguë des défis concrets qui se dressent devant les armateurs. Contrairement à une autoroute que l'on rouvre après un accident, la reprise du trafic de pétrole, de gaz et de conteneurs par ce goulet d'étranglement vital se heurte à des obstacles significatifs.
La menace des mines navales
La première difficulté, et non des moindres, est la présence de mines navales. L'Iran avait déployé ces engins durant le conflit, et leur localisation et leur neutralisation constituent une opération délicate et longue. Même en supposant que les attaques des deux camps aient définitivement cessé, Téhéran doit d'abord retrouver et déminer les zones qu'il a minées. Cette opération, qui nécessite des moyens techniques importants et une coordination, pourrait prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Des primes d'assurance toujours dissuasives
Parallèlement, le coût des assurances pour les navires transitant par le détroit d'Ormuz reste un frein majeur. Les primes pour risque de guerre, qui avaient explosé depuis le début des hostilités, ne devraient pas redescendre immédiatement à leur niveau d'avant-crise. Les assureurs attendront des preuves tangibles de la sécurisation de la zone avant de réviser leurs tarifs. Cette situation pourrait maintenir des surcoûts prohibitifs pour les armateurs, limitant de facto la reprise des transits.
Un processus de désescalade, pas un retour à la normale
L'agence grecque de gestion des risques maritimes MARISKS a publié lundi une note d'analyse dans laquelle elle met en garde contre toute interprétation trop optimiste de l'accord. Elle considère que ce cadre doit être perçu comme « le début d'un processus de désescalade plutôt que comme le rétablissement immédiat de conditions commerciales normales ». Cette prudence est partagée par de nombreux observateurs, qui soulignent que les grandes questions de fond, notamment le programme nucléaire iranien, restent à négocier.
Avant le conflit, le détroit d'Ormuz voyait transiter environ le quart des exportations mondiales de pétrole et de gaz. Sa fermeture de fait, qui dure depuis plus de trois mois, a profondément perturbé les marchés énergétiques et le commerce mondial. Si l'accord-cadre ouvre une perspective de résolution, la réalité du terrain impose un calendrier beaucoup plus long que ne le laisse espérer la simple signature d'un texte. La confiance des armateurs, échaudés par des mois de tensions et de risques, ne se regagnera que progressivement, au rythme des opérations de déminage et de la stabilisation géopolitique de la région.