Le trafic maritime au plus bas

Le trafic dans le détroit d'Ormuz a continué de s'effondrer mercredi, au sixième jour des nouveaux affrontements entre les États-Unis et l'Iran. Selon la société d'analyse maritime Kpler, seuls 13 navires ont franchi le passage stratégique lors de cette journée, soit une chute vertigineuse par rapport à la moyenne quotidienne de plus de 130 bâtiments qui transitaient avant le début du conflit fin février. La veille, 21 passages avaient encore été comptabilisés.

Parmi les rares navires ayant traversé, cinq étaient sous le coup de sanctions, et plusieurs naviguaient avec leurs systèmes de localisation éteints, une tactique qui rend difficile une vision complète de l'activité. La plupart des bâtiments ont emprunté les eaux iraniennes, utilisant la route imposée par Téhéran.

Le blocus naval américain se met en place

Mercredi marquait le premier jour complet du blocus naval rétabli par les États-Unis à l'encontre de tout trafic maritime à destination ou en provenance des ports iraniens. Le Commandement central des États-Unis (Centcom) a annoncé avoir intercepté deux navires qui tentaient de franchir le blocus. L'un d'eux, un pétrolier se dirigeant vers l'île de Kharg, principal terminal pétrolier iranien, a été visé par les forces américaines, selon des informations concordantes.

Ce blocus vise à priver l'Iran des revenus de ses ventes de pétrole et à réduire sa capacité à contrôler le détroit. Les États-Unis insistent sur le fait que la voie d'eau reste ouverte, affirmant que leurs forces sont déployées pour garantir la liberté de navigation.

Washington accuse des « unités rebelles » iraniennes

Ces derniers jours, des responsables américains ont indiqué que Téhéran avait informé Washington que les attaques iraniennes contre des pétroliers plus tôt dans la semaine étaient une erreur, imputée à des unités « rebelles » au sein des Gardiens de la révolution islamique (IRGC). Selon des sources médiatiques américaines, les autorités iraniennes auraient tenté de minimiser leur responsabilité directe dans ces frappes, qui ont déclenché une nouvelle escalade.

Téhéran dénonce une violation de l'accord

En riposte, l'Iran a dénoncé une violation de l'accord de cessez-le-feu signé en juin. Le président du Parlement iranien et négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, a écrit sur X que « l'ère des accords unilatéraux est révolue », ajoutant : « Nous vous avons dit : tenez votre parole ou payez le prix. La réalité frappe à la porte. »

L'IRGC a lancé des attaques de grande ampleur contre des bases américaines et des alliés régionaux, notamment en Jordanie, aux Émirats arabes unis (EAU), au Qatar, au Koweït, à Oman et à Bahreïn. Ces pays ont tous déclaré avoir riposté face à des missiles et drones iraniens.

L'accord de juin en péril

Ces nouveaux affrontements mettent en péril l'accord préliminaire de cessez-le-feu signé le 17 juin, qui visait à rouvrir le détroit d'Ormuz et à mettre fin à un conflit de quatre mois. Le président américain Donald Trump a déclaré que les attaques iraniennes sonnaient la fin de la trêve, tout en laissant entendre que les négociations pourraient se poursuivre.

Les médiateurs, dont le Qatar, tentent de ranimer le processus diplomatique. La situation sur le terrain complique toutefois ces efforts.

Conséquences économiques

La chute du trafic a des répercussions immédiates sur les prix du pétrole brut, qui ont grimpé en raison des craintes de perturbation de l'approvisionnement. Le prix du baril de Brent a augmenté, reflétant les incertitudes. Avant les hostilités, plus de 20 % du pétrole mondial transitait par le détroit d'Ormuz.

Par ailleurs, des milliers de membres d'équipage de navires marchands restent bloqués en mer, selon le secrétaire général de l'Organisation maritime internationale (OMI), Arsenio Dominguez. La crise humanitaire s'aggrave à bord des navires immobilisés dans la zone.

Le corridor sud toujours risqué

Depuis le début des frappes, les navires doivent choisir entre un corridor sud, protégé par la marine américaine mais régulièrement pris pour cible par les frappes iraniennes, et un corridor nord passant par les eaux iraniennes. Le représentant de l'association maritime BIMCO, Jakob Larsen, a estimé que le trafic resterait faible « aussi longtemps que la menace iranienne demeurera intacte », soulignant que la réduction de cette menace dépend de la capacité américaine à détruire les capacités iraniennes et de l'impact des sanctions.

Position américaine ferme

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a déclaré après les frappes : « L'Iran a fait un mauvais choix. Maintenant, il paie. » Les États-Unis ont frappé plus de 140 cibles militaires iraniennes, dont des sites de missiles, des drones, des réseaux de communication et des installations de surveillance côtière.

De son côté, le Centcom a réitéré que le détroit était ouvert et que les forces américaines étaient prêtes à maintenir la libre circulation, malgré la fermeture annoncée par l'Iran.