L’annonce d’un accord-cadre entre Washington et Téhéran pour mettre fin aux hostilités dans le golfe Persique suscite un espoir mesuré dans le secteur du transport maritime. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitaient avant le conflit environ un quart des exportations mondiales de pétrole et de gaz, est fermé à la navigation commerciale depuis la fin février, lorsque les forces américaines et israéliennes ont attaqué l’Iran. L’accord, dont la signature est prévue en Suisse, prévoit la réouverture du détroit sans péage, la levée du blocus naval américain sur les ports iraniens et une reprise limitée des exportations de pétrole iranien en échange d’un allégement des sanctions. Il étend également le cessez-le-feu actuel d’au moins soixante jours, tout en ouvrant des discussions plus larges sur le programme nucléaire iranien.
Les armateurs réclament des garanties
Malgré cette avancée diplomatique, les compagnies de transport maritime se montrent extrêmement circonspectes. « Il y a beaucoup de questions qui doivent être clarifiées », a déclaré S.V. Anchan, président de Safesea Group, une société basée dans le New Jersey qui possède deux navires dans le golfe. L’un des deux a été gravement endommagé par une attaque depuis le début de la guerre, l’autre attend de pouvoir quitter la zone. « Nous voulons entendre de la part des Iraniens qu’ils ne nous attaqueront pas », a-t-il insisté.
Andreas Enger, directeur général de l’armateur norvégien Höegh Autoliners, a estimé que l’accord n’était pas suffisant pour permettre une reprise immédiate des transits. « Espérons que c’est le début d’un processus qui nous y mènera », a-t-il tempéré, ajoutant qu’il pourrait falloir des semaines, voire des mois, avant qu’il se sente suffisamment en sécurité pour renvoyer ses navires dans le golfe Persique. « Il pourrait encore y avoir des incertitudes et des questions non résolues qui prolongeront cette situation », a-t-il souligné.
Un dilemme humain et économique
Environ 600 navires – selon les données disponibles – sont actuellement bloqués dans le golfe Persique, incapables de franchir le détroit. Quelque 11 000 marins sont à bord, confrontés à des conditions psychologiques éprouvantes. Pankaj Khanna, directeur général de Heidmar Maritime Holdings, a rappelé avoir vécu comme marin la guerre du Golfe de 1991. Aujourd’hui, explique-t-il, le stress est amplifié par l’accès à internet en temps réel : les marins regardent en direct les attaques qui se déroulent autour d’eux. « Le fait qu’ils soient à bord avec des informations en temps réel – c’est psychologiquement très traumatisant », a-t-il confié.
Depuis le début du conflit, 46 attaques ont visé des navires internationaux dans la zone du détroit d’Ormuz, la plupart imputées à l’Iran, quelques-unes aux États-Unis. Quatorze marins ont trouvé la mort, dont trois cette semaine lors de frappes américaines. Les pertes financières pour les propriétaires et affréteurs se chiffrent en centaines de milliers de dollars par jour, entre l’immobilisation des navires et la flambée des primes d’assurance.
Les obstacles à une reprise rapide
Au-delà des garanties de sécurité, la réouverture effective du détroit se heurte à des difficultés opérationnelles. L’Iran a déployé des mines navales dans les eaux du détroit, dont le déminage pourrait prendre plusieurs semaines. Les assureurs, prudents, n’ont pas encore abaissé leurs primes de guerre, ce qui rendrait le transit économiquement dissuasif. Un cabinet grec de gestion des risques maritimes, MARISKS, a qualifié l’accord-cadre de « début d’un processus de désescalade plutôt que d’un rétablissement immédiat des conditions normales de commerce ».
Les engrais et autres produits chimiques, qui représentaient une part importante du trafic, font face à un arriéré considérable. Même si le détroit rouvrait demain, des semaines seraient nécessaires pour organiser le départ ordonné des centaines de navires en attente, prioriser les cargaisons et restaurer la confiance dans la sécurité de la route.
Une normalisation à plusieurs vitesses
Si les cours du pétrole ont réagi favorablement à l’annonce de l’accord, les opérateurs maritimes préviennent que le retour à un trafic normal pourrait prendre des mois. Le secteur demande des engagements écrits de la part de toutes les parties, une vérification du retrait des forces militaires et la mise en place d’un corridor sécurisé. En l’absence de ces éléments, les armateurs continueront de peser le risque d’une attaque contre le coût de l’attente. Un dilemme que la guerre en Iran, qui entre dans sa quinzième semaine, ne fait qu’exacerber.