L'escalade entre les États-Unis et l'Iran a franchi un nouveau palier ce week-end. Le commandement central américain (Centcom) a annoncé avoir mené des frappes de représailles contre de multiples cibles en Iran, au lendemain d'une attaque de drone qui a endommagé le pétrolier MT Kiku, un navire battant pavillon panaméen, dans le détroit d'Ormuz. Cette attaque, survenue samedi, constitue le second incident maritime en quelques jours après celui du MV Ever Lovely, un cargo singapourien frappé le 25 juin.

Centcom a précisé que les frappes américaines ont visé des équipements militaires, des systèmes de communication, des sites de défense aérienne et des installations de stockage de drones. Le communiqué officiel indique que « l'Iran a eu l'occasion de respecter l'accord de cessez-le-feu, mais a choisi de ne pas le faire lorsque ses forces ont lancé un drone d'attaque à sens unique qui a touché le MT Kiku ». Les autorités américaines considèrent que cette attaque constitue une violation de l'accord de trêve signé le 17 juin entre les deux pays.

En réponse, Téhéran a répliqué. Le ministère iranien des Affaires étrangères a annoncé, dans un communiqué diffusé samedi matin, avoir mené de nouvelles frappes contre des cibles liées aux forces américaines. La diplomatie iranienne a imputé la responsabilité de la situation au « régime américain violeur de traités ». Aucun bilan humain ou matériel n'a été communiqué pour l'instant de part et d'autre.

Un accord de cessez-le-feu mis à mal

Le 17 juin, les États-Unis et l'Iran avaient signé un mémorandum d'entente en 14 points prévoyant la fin des hostilités. Ce texte engageait notamment Téhéran à « faire de son mieux pour assurer le passage en toute sécurité des navires commerciaux sans frais pendant 60 jours ». Depuis, les tensions n'ont cessé de croître dans cette voie d'eau stratégique par laquelle transitent une part importante des exportations mondiales de pétrole et de gaz.

Le détroit d'Ormuz avait été fermé de facto fin février par l'Iran après des attaques conjointes américano-israéliennes. Cette fermeture avait provoqué une flambée des cours du pétrole et perturbé l'acheminement d'autres produits essentiels comme les engrais. Ces derniers jours, le président américain Donald Trump avait pourtant affirmé sur le réseau Truth Social que les négociations avec l'Iran progressaient bien, assurant que Téhéran avait renoncé à imposer des péages aux navires transitant par le détroit.

Divergences sur le péage d'Ormuz

Le sujet des taxes de passage reste un point de friction majeur. Mardi dernier, des responsables iraniens et omanais se sont rencontrés à Mascate pour discuter de « la gestion future de la navigation ». Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr Al-Busaidi, a réaffirmé l'engagement des deux pays en faveur d'un « passage gratuit et sûr ». Toutefois, le négociateur en chef iranien, Mohammed Bagher Ghalibaf, a déclaré à des médias proches du pouvoir que « tout le monde doit savoir que l'administration du détroit d'Ormuz ne reviendra jamais à la situation antérieure », laissant planer le doute sur la levée des restrictions.

Les États-Unis ont condamné les informations faisant état de redevances imposées par l'Iran aux pétroliers franchissant le détroit, considérant qu'un tel système constitue une violation du droit maritime international. Donald Trump avait prévenu mercredi sur Truth Social que si les informations selon lesquelles l'Iran renonçait à tout péage étaient « fausses, les négociations prendraient fin immédiatement ».

Implications régionales et économiques

Cette nouvelle escalade survient alors que les navires continuent de circuler dans le détroit, selon Centcom, mais dans un climat d'extrême tension. Le risque d'un embrasement généralisé au Moyen-Orient préoccupe la communauté internationale, d'autant que les frappes américaines et iraniennes se sont multipliées ces dernières semaines, y compris contre des pays voisins comme le Koweït, Bahreïn ou la Jordanie.

Sur le plan économique, la persistance des hostilités autour d'Ormuz maintient une pression sur les marchés énergétiques. Les analystes redoutent de nouvelles perturbations des flux pétroliers si le conflit devait s'intensifier. Aucune reprise des pourparlers n'a été annoncée pour l'instant, et les deux capitales campent sur leurs positions. L'Iran demande la levée des sanctions et la fin des frappes américaines, tandis que Washington exige la libre circulation dans le détroit et le respect de l'accord de trêve. Le cycle de représailles semble loin de s'achever.