Les tensions entre l’Iran et les États-Unis connaissent une nouvelle escalade après une série de frappes réciproques impliquant Israël. Dimanche, Israël a bombardé un site présenté comme lié au Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, une zone que Téhéran considère comme une ligne rouge. En riposte, l’Iran a tiré un barrage de missiles vers le territoire israélien, provoquant le lendemain des frappes israéliennes sur Téhéran et d’autres villes iraniennes. Ces échanges menacent directement la trêve conclue en avril entre l’Iran et les États-Unis, qui avait jusqu’ici tenu malgré les opérations israéliennes dans le sud du Liban.

Un bras de fer diplomatique entre Beyrouth et Téhéran

Ce regain de violence s’accompagne d’une guerre de mots entre les autorités libanaises et iraniennes. Le président libanais, Joseph Aoun, a dénoncé l’utilisation de son pays « comme monnaie d’échange dans les négociations » menées entre Téhéran et Washington. Il a estimé qu’il n’existait d’autre issue au conflit que « la négociation et la diplomatie », appelant le Hezbollah à s’asseoir à la table des discussions. En réponse, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a ironisé sur le fait que M. Aoun semblait considérer l’Iran, et non Israël, comme la puissance occupante du territoire libanais. « Si le Liban était une monnaie d’échange pour l’Iran, nous aurions conclu un accord depuis longtemps. Libérez le Liban de votre véritable ennemi, Monsieur le Président », a-t-il écrit sur le réseau social X.

Les conditions d’une trêve fragile

Un cessez-le-feu conditionnel, négocié par Washington entre le gouvernement libanais et Israël — sans la participation du Hezbollah —, était en vigueur. Il prévoyait notamment le retrait des groupes armés au sud du fleuve Litani et la mise en place de « zones pilotes » placées sous l’autorité exclusive de l’armée libanaise. Toutefois, les forces israéliennes avaient récemment franchi le Litani, élargissant leur zone d’occupation, ce que Téhéran a qualifié de provocation intolérable. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) avait averti dès jeudi qu’il n’y aurait « pas de calme dans la région » si Israël poursuivait son occupation du sud du Liban.

Les lignes rouges iraniennes

Pour l’Iran, les frappes israéliennes dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, constituent un seuil critique à ne pas franchir. Selon des analystes, Téhéran avait jusqu’ici toléré les opérations dans le sud libanais dans le cadre d’une trêve « désordonnée », tout en laissant le Hezbollah riposter directement contre Israël. Mais le bombardement de Dahiyeh — le quartier périphérique de la capitale libanaise — a changé la donne. « L’impasse ne pourra pas durer longtemps : soit on retourne vers un conflit accru, soit on s’achemine vers un véritable accord de paix », a commenté Negar Mortazavi, chercheuse au Center for International Policy.

Un accord de paix conditionné au Liban

Téhéran répète qu’aucun accord de paix durable avec les États-Unis ne pourra être conclu tant que la guerre israélienne contre le Liban ne sera pas terminée. Le Hezbollah, qui s’est engagé aux côtés de l’Iran dans le conflit, attend que les négociations incluent également sa sécurité. De son côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu aurait été dissuadé par le président américain Donald Trump de cibler directement Beyrouth, afin de préserver le cessez-le-feu régional. Mais la frappe de dimanche montre les limites de cet accord tacite.

Alors que les discussions entre Téhéran et Washington piétinaient déjà, cette nouvelle flambée de violences relance l’incertitude sur l’avenir de la trêve et sur le rôle du Liban comme champ de bataille par procuration entre grandes puissances régionales.