Alors que les espoirs d'une désescalade régionale reposaient sur l'accord américano-iranien conclu récemment, l'armée israélienne a poursuivi ses bombardements sur le Liban durant la nuit, causant la mort d'au moins 18 personnes, selon le ministère libanais de la Santé publique. Ces frappes interviennent alors que les États-Unis et l'Iran peinent à mettre en œuvre leur mémorandum d'entente, dont une clause centrale exige la « cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban ».

Un veto israélien de facto à l'accord

Les autorités israéliennes n'ont pas officiellement rejeté le pacte négocié entre Donald Trump et Téhéran, mais les faits sur le terrain témoignent d'une opposition frontale. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui avait longtemps œuvré pour persuader Washington de s'engager militairement contre l'Iran, voit ses efforts contrecarrés par un accord qu'il n'a pas validé. La guerre conjointe américano-israélienne contre l'Iran, que Netanyahu avait finalement obtenue après des années de refus américain, s'est achevée sur une note amère pour l'État hébreu : Trump a opté pour un accord sans consulter préalablement Israël.

Cette rupture dans la « relation spéciale » entre les deux alliés expose désormais Netanyahu à de vives critiques sur la scène intérieure. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, figure de l'extrême droite israélienne, a appelé à ce que « tout le Liban brûle », illustrant les tensions au sein du gouvernement israélien quant à la conduite à tenir face à la trêve.

La réponse du Hezbollah et l'impasse diplomatique

En réaction aux bombardements israéliens, le Hezbollah a revendiqué la mort de quatre soldats israéliens au cours de la même nuit, selon des informations rapportées par des sources de sécurité. Cette riposte a accentué la pression sur le gouvernement Netanyahu, pris entre les exigences américaines de cessez-le-feu et la nécessité de contenir la menace sécuritaire à sa frontière nord.

Les pourparlers entre Washington et Téhéran, qui devaient se poursuivre en Suisse, ont été suspendus en raison de la poursuite des frappes au Liban. L'Iran a conditionné toute nouvelle négociation à un retrait intégral des forces israéliennes du territoire libanais, une demande que Tel-Aviv a rejetée catégoriquement. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a ainsi déclaré que « toute avancée diplomatique est subordonnée à la fin immédiate de l'agression israélienne contre le Liban ».

Un bilan humain lourd et des infrastructures ciblées

Les frappes de cette nuit ont touché plusieurs localités du sud du Liban ainsi que la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah. Les secouristes poursuivent les opérations de déblaiement, tandis que le nombre de blessés continue de grimper. Selon le ministère libanais de la Santé, au moins 47 personnes avaient déjà péri vendredi lors d'une précédente vague de bombardements, portant le bilan des dernières 48 heures à plus de 65 morts.

L'armée israélienne justifie ses opérations par la nécessité de neutraliser les positions du Hezbollah, accusé de violer la trêve en tirant des roquettes sur le nord d'Israël. En début de semaine, l'état-major israélien avait ordonné l'évacuation de 29 localités du sud du Liban, présentant cette mesure comme une réponse aux « infractions » du parti chiite.

Les États-Unis pris en étau

L'administration américaine se trouve dans une position délicate. Le vice-président J.D. Vance a défendu l'accord avec l'Iran, évoquant un plan de reconstruction de 300 milliards de dollars pour le pays, mais il doit composer avec le refus israélien d'obtempérer. Le mémorandum américano-iranien prévoit que Washington et « ses alliés » mettront fin aux hostilités, mais Israël semble déterminé à poursuivre sa campagne jusqu'à ce que ses objectifs sécuritaires soient atteints.

En coulisses, des diplomates américains tentent de convaincre Netanyahu de revenir à la table des négociations, mais l'opposition du Premier ministre, couplée aux pressions de son aile droite, complique toute avancée. La question centrale reste le retrait israélien du Liban, condition sine qua non pour Téhéran, mais inacceptable pour Tel-Aviv tant que le Hezbollah conservera une capacité de nuisance.

Quelles perspectives pour la région ?

La communauté internationale observe avec inquiétude cette escalade qui menace de faire voler en éclats le fragile accord américano-iranien. Les frappes israéliennes au Liban, loin de se réduire, pourraient au contraire s'intensifier si Netanyahu choisit de tester les limites de la tolérance américaine. Parallèlement, la suspension des pourparlers américano-iraniens réduit la marge de manœuvre diplomatique, chaque camp se retranchant derrière ses positions.

Alors que les corps continuent d'être sortis des décombres au Liban, l'avenir de la trêve régionale demeure incertain. Israël semble prêt à parier que Washington finira par céder à son allié, tandis que l'Iran mise sur la pression internationale pour obtenir un cessez-le-feu. Entre ces deux logiques, la population libanaise paie le prix fort d'un conflit qui semble s'enliser.